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3
sur 5

« Les îles Galapagos sont connues pour héberger plusieurs espèces animales endémiques. On a eu la sensation que notre hip-hop était dans le même esprit, qu’il n’existait qu’entre nos mains, à Chicago. En lisant le livre de Kurt Voggenut intitulé Galapagos, Offwhyte a écrit une chanson intitulée Galapagos4, à propos d’une île imaginaire dans cet archipel et sur laquelle la culture hip-hop renaissait… ». Cette présentation bienheureuse de Jeff Kugligh révèle d’emblée la nature atypique de ce crew composé de Mc’s, graffiteurs et autres metteurs en son prolifiques. Meaty Ogre fait partie de l’équipée Galapagos4, made in Chicago, qui se promène dans le hip-hop depuis le milieu des années 90, bercée par l’esprit des battles et divers freestyles de quartiers. Sa première apparition en qualité de producteur date de sa pose aux côtés de Pugslee Atomz (le pote de Thai One qu’on avait beaucoup aimé sur le bon Progress) il y a plusieurs années, lorsque Pugslee aka Jungle Atoms balançait sa cassette Inverted reality (en 1996)… Le temps passe vite, les Galapagos4 sont toujours en place, plus féconds que jamais.

Collaborateur régulier de Sage Francis, Manchild ou encore Robust, Meaty nous livre aujourd’hui Leo vs Pisces, un opus poli où l’on retrouve une flopée de Mc’s habitués des sessions freestyle en provenance de Chicago. Jeune-loup de la sphère / écurie Galapagos4 (qui a récemment sorti la compilation Galapagos4 wind : Instrument), ce passionné de vieux vinyles qui fissurent les baffles balance des rythmiques souples, couvre les Mc’s de samples séducteurs. On reconnaît par exemple le phrasé de Pharaohe Monch -période Organized Konfuzion- sur le refrain de l’excellent Raging bull featuring Actual Fact, un des meilleurs tracks de l’album. Pour les fans d’Offwhyte (auteur notamment de The Fifth sun), cet album varié semble plutôt bien assorti à la couleur lo-fi des productions qui lorgnent vers l’electro sans trop se mouiller.

Sans révolutionner la donne hip-hop, Meaty Ogre réussit à ne pas verser dans le jeu de loops de breaks redondants, s’adonnant plutôt à bien travailler ses caisses claires et ses lignes de basses étirées. Le travail sur les rythmiques est concis (Orion’s right shoulder feat Qwel, Amusing Ourselves to death feat Inf Pwr, Be me, leave…) mais soigné (Ogre est batteur de formation), les prods sont carrées et coulent doucement comme de légères brises frappés par des scratches habiles (Flibbertigibbit feat Robust, et sa ligne de contrebasse galante, qui chancelle sous un piano maigrelet et des passe-passe de voix cambodgiennes déformées…), uniquement interrompues par le flow des Mc’s (Offwhyte, Rift Napalm, Qwel, Actual Fact). Un album sympathique, pas trop prise de tête, pas vraiment indispensable mais très bien réalisé. A ranger sans problème dans son bac sauce Chicago, aux côtés des bonnes sorties du label Galapagos.