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4
sur 5

Matt Ward est un auteur-compositeur, guitariste et chanteur américain, originaire de Portland, Oregon. Après une expérience en groupe (Rodriguez), Duet for guitars #2 est son premier album solo. Protégé de Howe Gelb (Giant Sand), qui l’a signé sur la foi d’une cassette démo, et de Grandaddy ou Willard Grant Conspiracy, avec qui il tourne régulièrement, Matt Ward s’inscrit dans cette veine américaine du folk-singer, guitariste mélodiste artiste du renouveau country-folk, entre Townes van Zandt pour le côté intimiste et The Minutemen quand il s’électrise. Sa voix tremblotante posée délicatement sur des guitares brossées et de petits solos arpégés rendent ses compositions touchantes de sensibilité, d’émotivité contenue.

Le premier morceau introductif lance l’auditeur sur une fausse piste : court et instrumental, joué en picking, il rappelle le John Fahey de Requia, et on s’attend d’abord à une énième resucée du génial Américain, à la Gastr del Sol. Mais les morceaux suivants viennent contredire cette impression de parti pris. Beautiful car est une folk-song essentielle, à deux guitares et deux voix, hymne d’un laveur de voiture à une « Baby blue 52 Roadster ». Le reste de l’album, entre Neil Young et Leonard Cohen, décline les anecdotes du quotidien d’un jeune Américain, des histoires de bateau de pêche, de rédemption divine, de voisins malades et de filles infidèles. Le tout argumenté par des arrangements minimalistes (guitares, batterie, tambourin, un peu d’orgue, de petits bruits d’ambiance qui donnent un sentiment de proximité), dont la production rappelle avantageusement le Either/or d’Eliott Smith, doucement lo-fi, doux aux oreilles, agréable.

Les évidences mélodiques viennent renforcer le plaisir de l’écoute, Scene from #12 et ses descentes chromatiques nostalgiques, Who may be lazy, I’t won’t happen twice et leur facture classique en couplets-refrains, agrémentés de petits ponts instrumentaux, donnent une impression de simplicité et d’artisanat délicat. Entrelacs de guitares, voix doublées, tout respire l’honnêteté et l’artisanat, la chaleur du bois en plus. He asked me to bea snake & live undergound semble avoir été enregistré live avec les amis dans la maison, près du feu. Cela fait de Duet for guitars #2 un disque plus important qu’il n’y paraît, malgré sa modestie revendiquée, un disque dont l’écoute répétée ne lasse jamais. Une sorte de chaleureux compagnon hivernal.