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sur 5

(Vogue/BMG)

1) Paris je t’aime d’amour (Schertzinger) – 2) Tout bleu (Solal) – 3) Sadi’s sad (Solal) – 4) Love walked in (Gershwin) – 5) Tenderly (Gross, Lawrence) – 6) Ridikiool (Solal) – 7) Time on my hands (Rodgers) – 8) I cover the waterfront (Green, Heyman) – 9) Yoga (Sadi) – 10) Cross your heart (De Silva, Gensler) – 11) There’s a small hotel (Rodgers, Hart) – 12) Everything I got is yours (Jones) – 13) All God’s children got rhythm (Jerman, Kahn, Kaper) – 14) But not for me (Gershwin) – 15) Caravan (Ellington, Tizol, Mills) – 16) Everything happens to mes (Adair, Denis) – 17) Have you met Miss Jones (Rodgers, Hart) – 18) Cherokee (Ray Noble) – 19) Frenesi (Dominguez) – 20) Love me or leave me (Kahn, Donaldson) – 21) Fascinating rhythm (Gershwin) – 22) There’s a small hotel (Rodgers, Hart) – 23) Don’t blame me (McHughs, Fields) – 24) Too marvelous for words (Whiting) – I can’t get started (Gershwin – Duke) – Blue for Albert (Solal).

1-12 : Martial Solal (p), Fats Sadi (vib), Benoit Quersin ou Jean-Marie Ingrand (b), Jean-Louis Viale ou Christian Garros (dr). Enregistré à Paris le 9 janvier et le16 janvier 1956.
14-26 : Martial Solal (piano solo). Enregistré à Paris les 1er juin, 4 juillet et 23 novembre 1956.

Cette très belle réédition en digipack constitue le second volume de l’intégrale des enregistrements réalisés par Martial Solal pour le label Swing de 1953 à 1958. Solal, né à Alger en 1927 où il se produisait déjà comme musicien de jazz à partir de 1945, décide de tenter sa chance à Paris, alors capitale incontestée du jazz en Europe. Comme beaucoup d’autre jazzmen, il y débarque au début des années 50 pour y gagner rapidement la reconnaissance de ses pairs. Quant au vibraphoniste belge, Fats Sadi, il vient y rejoindre Bobby Jaspar en 1951 et son démarrage est plus difficile. Mais il se produira régulièrement dans ces clubs légendaires que sont le Ringside, la Rose Rouge ou le Tabou, côtoyant les grands de l’époque comme Don Byas, Kenny Clarke ou André Hodeir. C’est là aussi qu’il a la chance de jouer avec Martial Solal avec qui il va former, en compagnie du batteur Jean-Marie Ingrand et du contrebassiste belge Benoit Quersin, le Martial Solal – Sadi Quartet à qui l’occasion sera donnée d’enregistrer chez Swing quelques morceaux. Inutile de dire que l’on n’est pas déçu : ça swingue pur et dur comme on savait encore le faire à l’époque. Quatre compositions sont de Solal, dont la belle ballade Sadi’s Sad dédiée à son ami Fats, et une seule de Sadi intitulée Yoga qui est un monstre de swing. Le reste, ce sont les standards du répertoire habituel mais avec des arrangements qui tiennent la route, et qu’ils ont eu le temps de peaufiner soir après soir devant un public noctambule.

Magnifique réédition, d’autant plus bienvenue que les témoignages enregistrés de Sadi sont aujourd’hui plutôt rares. Les 14 autres morceaux figurant sur le compact sont interprétés par Solal au piano solo et donnent l’occasion de remonter aux sources de ce pianiste considéré aujourd’hui comme un musicien exceptionnel à l’intelligence redoutable. Les citations, l’humour, le risque sont déjà là …. Mais quel chemin parcouru entre ces faces de 1956 et celles magistrales et intenses de l’album Triangle avec Peter Erskine et Marc Johnson. Ici, Solal fait éclater la musique qui est en lui, certes encore sous l’emprise d’influences diverses, mais déjà oh combien personnelle, et si étonnamment maîtrisée pour un musicien de 29 ans. Sa longue carrière commençait à peine et ces petits bijoux ne laissaient pas encore entrevoir ces envies qu’il aurait parfois de larguer les amarres d’avec son public et, le temps d’une improvisation, de se lancer goulûment dans l’exploration tonale pour son propre plaisir et celui des autres musiciens.