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4
sur 5

L’allemand Marcus Schmickler est une figure énigmatique et peu connue de la scène de Cologne, affilié à A-Musik, label qui a révélé Schlammpeitziger, FX Randomiz, Felix Kubin ou DAT Politics et enfanté Sonig, créature de Mouse on Mars. Ce personnage saute de projet en projet et de genre en genre sans que l’on ne puisse jamais prédire où il va atterrir l’instant d’après. Débuts expérimentaux et post-industriels avec C-Schulz, expérience électroacoustique avec le collectif Kontakta, puis création du duo électronique Pol, de la créature de rock post-produit Pluramon, des identités Wabi Sabi et Sator Rotas pour des one-shots magistraux…

Insaisissable, Schmickler affectionne autant la pop que la musique improvisée, l’electronica ou la musique contemporaine. C’est donc presque sans surprise qu’il publie aujourd’hui ce monumental Param, qui rassemble plusieurs oeuvres orchestrales, où l’électronique se fait discrète, voire quasi invisible. Evidemment, c’est bien de musique contemporaine qu’il s’agit : Schmickler a été étudiant en composition et direction d’orchestre à l’Académie de Cologne, et son projet Pluramon est un hommage à l’Hymnen du maître Karlheinz Stockhausen. Mais l’allemand évolue surtout loin de tout académisme, et ses oeuvres ne se laissent enfermer dans aucun formalisme figé et contraignant.

Atman est une composition pour orgue à pompe, où les accumulations sourdes et vrombissantes évoquent le travail du français Kasper T.Toeplitz, lui aussi à cheval entre les mondes de l’académisme subventionné et l’esprit Do It Yourself de l’underground. Param ensuite, pour cordes et cuivres, étire les notes et les masses de son jusqu’à les rendre palpables, comme une fuite infinie des notes vers un trou noir aspirant. L’électronique y est à peine perceptible et le célèbre Lux Eterna de Ligeti n’est pas loin. friedl.krieger, pour trio et recomposition par ordinateur, invente un lieu de rencontre imaginaire entre les sons acoustiques et les oripeaux de leur traitement informatique. Agogh revient à la tonalité, à la répétition, pour mieux explorer les textures et les gargouillements des cuivres et d’un vibraphone…

Les douces dissonances de Morton Feldman, la soif d’expérimentation de Varèse, le mysticisme de Stockhausen, la rage improvisée de Cornelius Cardew se sont tous frayés un chemin sur ce disque étonnant et extrêmement dense. Schmickler s’y révèle tout simplement être un compositeur versatile et passionnant. La question reste maintenant de savoir s’il reprendra un jour son crayon et son papier pour donner suite à ce majestueux Param.