PARTAGER
4
sur 5

Le phare musical de la Martinique heureuse revient avec un nouvel opus, après avoir salué les 150 ans de l’abolition de l’esclavage l’an dernier avec un album concept proche de la pause récréative. Du Malavoi comme on n’en fait plus : un pari sur le passé à un moment où certaines musiques de la région comme le zouk apparaissent épuisées dans leur longue course in the bacs. Fléch Kann, dont le nom signifierait la fleur de canne en bon Français, a une double ambition. Montrer que l’épopée du groupe est loin de se conclure dans la confusion générale et insister sur le fait que sa musique reste plus que jamais associée à la notion de terroir. Biguine, mazurkas et autres senteurs… pourrait-on dire. L’aventure continue. L’ouverture à la Caraïbes également. Un parti pris effectué il y a quelques années par le défunt pianiste Paulo Rosine, une mission que s’impose surtout ceux qui sont restés à l’avant du navire Malavoi.

Un navire qui tangue mais qui refuse de sombrer malgré les va-et-vient des uns et des autres. Ainsi dit-on de Mano Césaire le fondateur, qui avait arrêté de jouer dans le groupe pour des raisons professionnelles et qui revient aujourd’hui, bien qu’il ne soit pas sur le disque. Ainsi dit-on de Jean-Paul Soïme, violoniste qui a quitté l’ensemble pour aller créer Matébis, un projet Malavoi bis qui souhaite embrasser avec bonheur toute la créolie, jusque dans l’Océan indien. Ainsi dit-on enfin de Ralph Tamar, l’ancien crooner de service, qui, au gré des hasards et des concerts, s’invite avec son génie particulier et indiscutable pour des jam session/hommage censés nous rafraîchir la mémoire. A sa place aujourd’hui, un charmeur de métier officie désormais de façon quasi permanente : Pipo Gertrude il s’appelle. C’est le seul professionnel du groupe. Car Malavoi continue, à près de trente années d’existence, à faire semblant d’amateurisme forcené. Ses membres, tous investis dans d’autres métiers au quotidien, se réunissent dès que possible pour un bon disque et une bonne tournée, avant de retourner vaquer à leurs occupations officielles. « Ne dites jamais à ma mère que je suis musicien, elle me tuerait. » Une démarche qui leur permet de garder les pieds sur terre et d’écrire leurs compositions avec plus de liberté, sans la pression du commercial. Un album quand c’est possible… et uniquement quand c’est possible. Et au final pour ce nouveau round neuf titres qui nous ramènent aux sources, à l’époque où Malavoi se confondait allègrement avec le combat identitaire d’une île qui n’avait que la musique et la fête pour exprimer ses dernières illusions. Du bon, du pur, du condensé de Malavoi. Voilà ce que Fléch Kann va tenter de raconter au bon mélomane: une histoire qui mérite son pesant d’or, même si elle est légèrement marquée par un parfum de nostalgie.