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4
sur 5

Une œuvre pédagogique qui brille avant tout par l’excellence de son interprétation. Madjid Khalaj est l’un des meilleurs représentants de la percussion iranienne. Sur cet album, il nous fait voyager à travers une science du rythme en partie liée à la mystique soufi. Le Daf, tambour-emblème des derviches, invoque l’ordre Divin par sa rondeur. Il accompagne le zekr, qui représente un rituel d’invocation divine, souvent lié à une danse et à une maîtrise particulière du souffle humain dans les confréries. Il s’agit d’un univers musical essentiellement tourné vers la quête spirituelle.

Les huit pièces jouées avec cet instrument racontent différents cheminements du disciple soufi à travers cette anthologie. Profession de foi (lâ ilahâ ill’Allah/Il n’y a de Dieu que Dieu) ou dépassement de soi (hâl/état de grâce), le maître-tambour mime le désir entretenu autour de la relation avec Dieu dans toute sa complexité. Le rythme tourne. En 6/8, en 4/4, en 2/8 ou encore en 5/8. Un répertoire qui s’enrichit de deux titres. Le premier est interprété au Dayré, autre tambour à forme circulaire, souvent utilisé par les troubadours (appelés « Ashi-q »). Le second au Zang-é saringôshti, un jeu de cymbalettes en cuivres qui servent à dynamiser la danse. 12/8, 6/8 et 5/8, les changements au niveau du rythme viennent rendre hommage à un oiseau mythique, le simorgh. Un oiseau qui symbolise la force de la culture iranienne. Il est à la fois « l’âme, le guide et le médecin spirituel ».

En réalisant ce travail, Majid Khaladj, fondateur à Paris de l’école de Tombak, un centre européen consacré aux percussions de son pays d’origine, prouve, s’il en était besoin ici, que le talent se conjugue aussi avec le principe de l’élévation vers Dieu. Un disque cependant très ouvert à tous les mélomanes soucieux de découvrir des formes percussives savantes, au-delà du spirituel qui le transcende. Un très bon livret l’accompagne.