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4
sur 5

Cet enregistrement possède une fonction liminaire. On ne se lasse jamais de (re)découvrir cette musique, à rebours de tous les sentiers défrichés par les « contemporains ». Non pas qu’Ohana soit un néoclassique. Mais ses œuvres ont ceci de bien particulier qu’elles sont irrémédiablement en phase avec leur époque. Ohana appartient de fait au club très fermé des compositeurs aussi célèbres qu’essentiels, aussi indépendants qu’influents.
Le Livre des prodiges dure près de 25 minutes. Ce pourrait être une symphonie. L’effectif, impressionnant, repose sur des pupitres de vents titanesques. Comment se fait-il alors que cette musique légère irradie, illumine nos oreilles ? Au-delà de la virtuosité et des effets orchestraux, Ohana nous invite à explorer les forces de la nature, les mythes et légendes qui, depuis la nuit des temps, hantent les hommes. Vaste projet. Allant du silence à la clameur déchaînée et furieuse des éléments terrestres, l’œuvre, solaire et rituelle, est un des chefs-d’œuvre du xxe siècle.
Anneau du Tamarit (un concerto pour violoncelle déguisé, composé à l’attention de Rostropovitch) et Synaxis rayonnent moins. Apres et étouffants, voire déchirants et brutaux, ces ouvrages (au sens artisanal) perturbent. Reste l’interprétation : la contribution de Karttunen est excellente (comme d’habitude !). Tamayo mène son fidèle orchestre du Luxembourg dans des espaces sombres et primitifs. C’est d’ailleurs une constante d’Ohana que de lier ses compositions aux temps révolus et immémoriaux. Cela demande d’autant plus d’abnégation de la part du chef, qui doit maîtriser aussi bien les techniques du passé que celles du présent. Association et dialogue qui ressortent à merveille dans cet enregistrement. Il contentera tous ceux qui aiment retrouver dans la musique les sensations de chaleur et de folie que l’on éprouve à la lecture d’un Faulkner ou d’un Camus.

Anssi Karttunen (violoncelle), Pascal Devoyon et Christian Ivaldi (pianos), Orchestre philharmonique du Luxembourg, Arturo Tamayo (direction)