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3
sur 5

Deuxième album pour M, alias Mathieu Chedid, et l’on part pour l’écoute avec toutes les mises en garde d’usage dans un cas comme celui-là : saura-t-il éviter la « starisation » qui l’avait frôlé pour son premier opus -il est vrai qu’il n’est pas facile de se lancer dans le bain avec un père (Louis Chedid) et une grand-mère (Andrée Chedid) comme ceux-là- et persévérer dans sa voie, personnelle quoiqu’alors peu développée, qu’il avait laisser entr’apercevoir à ses débuts ?
D’emblée, on est séduit par le travail qui est effectué sur le son, en compagnie de Philippe « Zdar » notamment. Un travail très léché, mais pas envahissant pour un sou, qui laisse respirer les morceaux à leur propre rythme, et leur laisse leur propre identité, mais en les enchâssant dans un cadre très strict, très précis, pro et intéressant.
Et parfois, ça prend totalement, comme sur le magnifique Faut oublier, pudique et second degré à la fois, en particulier grâce à un texte performant. D’autre fois, ça ne prend pas, comme sur l’agaçant rétro-disco A celle qui dure, qui fournit, par sa rythmique passe-partout et ses effets ratés l’occasion à Mathieu Chedid de faire un peu -trop- sa diva. C’est peut-être drôle à faire, mais pas tellement à entendre. Le Mec hamac, par contre, renoue avec ce que M sait faire de mieux : une écriture précise et sensible, des arrangements sobres, une ambiance entre mélancolie et cynisme, une voix aux envolées maîtrisées. Et lorsque, juste derrière, déboule une hilarante reprise en français de Close to me -« J’ai tellement attendu / Ça m’a rendu malade / Alors aujourd’hui / Dans mon lit / Ce jour sans fin suffit / J’n’ai jamais vu un soir / Qui soit aussi / Close to me »- minauderies et claps compris, on se dit que finalement, M pourrait tout aussi bien être un vrai excentrique loufoque sans une once de pose.

Mais bon, faudrait quand même voir à enlever quelques verrues sonores incongrues, style Le Complexe du corn flakes, vraiment vain et ennuyeux. On préfère encore la profession de foi parano de Je dis Aime (« Je dis Aime / Et je le sème / Sur ma planète / Je dis M / Comme un emblème / La haine je la jette / Je dis Aime Aime Aime » -un des deux testes écrits par Andrée Chedid) ou les arrangements super-chiadés de Bonoboo -sur rythmique échappée d’un Gainsbourg période reggae.
Il est clair que ce coup-ci, Mathieu Chedid va vraiment savoir qui est dans son camp -et qui ne l’est vraiment pas. Dans le doute, je choisis le sien, car il vaut mieux, de toute manière, être du côté de ceux qui créent, même lorsqu’il leur arrive de nous irriter. Je dis Aime.