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Septeto angevin ou miroir du monde ? Lo’Jo est un rêve. Denis Pean son serviteur, accompagné de ses proches, raconte le plaisir de se construire une identité sans frontières avec des mots d’une saveur étrange, mélange inextricable et subtil de français illuminé et de plusieurs langues glanées au cours de voyages sans fin (« Aux gorges de l’Ardèche, sur les échasses du Mali / Je saluerais le prochain paysan dans sa langue attardée en chemin »). Le créole de Ti’Coq (sur Bambritcho) ou la langue qui fuse du béninois Aristide Agondanou (Señor Calice) témoignent de cette capacité du groupe à camper un jour la mémoire de cette planète. Tours de Babel improvisées, Bohême de cristal, comme tous les albums de Lo’Jo, ressemble à une mosaïque de cultures, sur laquelle trône l’intelligence des poètes de l’impossible. Les mots sont détournés ou inventés. Trouver les phrases décrivant la soif des ailleurs qui habite ce petit monde depuis plus de quinze ans est ensuite chose difficile. Ce n’est ni de la world music vaguement remise au goût du jour, ni du conceptuel potentiellement hanté par un génie. Leur musique, qui brasse toutes les limites du métissage possible et imaginable, correspond plutôt à des rencontres subliminales aux allures de cabaret nomade. L’émotion y prime et vous cloue le bec.

Décortiquer Bohême de cristal fait ainsi déraper le langage du critique. Entre la touche tzigane, le tambour touareg, le kamale n’goni malien ou la batterie reggae, l’exercice, qui aurait pu être uniquement de style, s’avère très vite complexe. L’ensemble brouille les pistes, rechigne à être figé dans une forme quelconque et réserve une surprise à chaque titre. L’Afrique, l’Europe de l’Est, l’Asie, etc. et toujours cette légère French touch qui ne gâte jamais rien chez eux. Pièces complexes, pièces remplies d’humanité. Reste peut-être ces voix, rauque ou suave, pénétrante ou envoûtante, grave ou féminine, celle de Denis ou celle des Sœurs Nid L’Mourid, qui vous emportent dans leurs envolées mi-lyriques mi-mystiques. Le violon de Richard Barreau, l’accordéon de Guy Raimbault, la contrebasse de Nico « Kham », les percus aux mains de Nicolas Gallard… des petits bonheurs qui redoublent d’aisance, lorsque la guitare de l’ami Adams, ex-compagnon de route de Jah Wobble, producteur de leur précédent album (Mojo radio), s’invite sur Señor Calice aux côtés du Gang Be Brass Band de Cotonou. Doit-on parler de la sincérité qui guide la touche piano, les notes de kora ou le basson ? N’est-ce pas plus simple que de vous d’inviter à écouter l’album ?