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4
sur 5

Troisième album pour ce groupe à géométrie variable natif de Nashville, Tennessee, et c’est une réussite une exemplaire. Traînant son chemin en dehors de toute hype et en évitant les écueils du gros business, ce véritable conglomérat de musiciens (de 8 à 13 dans les méandres d’une discographie junglesque) pulvérise les structures et les figures imposées de la musique country dont pourtant ils se réclament avec vigueur.

Leur force réside dans de sacrés et subtils tours de force : leur slide guitar sonne comme un instrument à priori dénué d’une fonction attribuée selon un genre musical donné, ces cordes là sont débarrassées de leur carcan historique et stylistique. Crawl away en est un magnifique exemple. Leurs chœurs rejettent au loin la facilité et les poncifs inhérents à ce périlleux exercice d’enrobage pour ne garder que la simplicité non dénuée d’un certain humour, comme sur le fantastique My face your ass, aux accents « tinderstickiens ».

Notez également comme votre bassin ondule nonchalamment au rythme de Your fucking sunny day, un hymne à la paresse d’une rare jovialité, vraiment un coup à insulter son supérieur hiérarchique direct. Hey, where’s your girl, drame champêtre en un acte, exprime toute sa violence et ses non-dit, ces petites plaies qui ne cicatrisent que rarement par un amas incandescent de larsen laissé d’abord en arrière plan, véritable décor musical qui finira cependant par révéler toute sa noirceur et son poids en fatalité. Tout ce dont est fait d’ailleurs Thriller, le titre suivant qui peint le mystère, la passion et la douleur mieux que tous les groupes de pleureuses réunis de la planète.

Vraiment, il y a chez Lambchop un talent rare pour installer des ambiances, mettre à nu les sentiments afin que des morceaux reste seule la quintessence. Nashville est peut-être, mystérieusement, l’un des derniers endroits où l’on a su préserver un peu de ce qui a pu constituer, pour beaucoup, l’American Dream. C’est peut-être cet antre poussiéreux d’un certain art musical, ce cocon passéiste -à nos yeux- qui confère à Lambchop cette force de persuasion et ce charmant décalage par rapport aux canons musicaux actuels. C’est peut-être ça qui rend leur musique si attachante, une musique d’une rare franchise bien que bâtie sur des illusions. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est qu’on n’aura jamais autant aimé la country !