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4
sur 5

Toute une série de rééditions viennent d’être effectuées par Sony du label CTI. Rappelons que ce label fut fondé au début des années 70 par Creed taylor (Creed Taylor Inc.) qui devait plus tard travailler pour ABC Paramount, Impulse et être responsable de la vague Bossa autour du succès de Stan Getz et d’Astrud Gilberto. Parmi ces rééditions, toutes en digipacks soignés accompagnés de photos et des pochettes d’origine, on trouve notamment Patti Austin, George Benson, Deodato, Paul Desmond, Jim Hall, Milt Jackson, Stanley Turrentine et nos deux sélections : Lalo Schifrin et Freddie Hubbard.

Avec le très groovy Black widow, Lalo Schifrin a voulu prendre en marche le train disco. Et il y a réussi, avec sa classe inimitable et son style immodeste. Après l’échec d’un album funk, Black Widow est un album disco super-produit bourré d’effets électroniques et d’une richesse instrumentale incroyable.

Tous les éléments typiques disco sont là, mais comme il s’agit d’un label de jazz et de Lalo Schifrin, il y a plus que ça, beaucoup plus que ça : des trombes d’arrangements, un line-up de stars et des tubes à la pelle, dont la très réussie reprise disco du thème de Sharks (Les Dents de la mer). On n’est pas loin de Barry White et du Salsoul Orchestra (raison pour laquelle tous les clubbers house devraient adorer, voire vénérer ce disque, en plus des fans de Schifrin). On trouve aussi quatre titres inédits ainsi qu’une reprise du Quiet village de Les Baxter. Aujourd’hui, le disque reste bien plus qu’honorable, justement grâce au soin apporté à la production et aux influences jazz. Lalo Schifrin n’a pas composé que des musiques de film, il a aussi su faire danser et sa folie des grandeurs est aussi réjouissante que fascinante (31 musiciens sur le disque !). Quelque part sur un paquebot, la nuit, un orchestre rapproche les passagers des étoiles, Lalo le dirige, et la croisière s’amuse.

Dans un autre style, Straight Life, deuxième album du trompettiste Freddie Hubbard sur CTI (après Red Clay) marie funk et free avec brio. Le line-up est une sorte de rêve (Joe Henderson, George Benson, Herbie Hancock, Ron Carter, Jack DeJohnette et deux percussionnistes : Richard « Pablo » Landrum et Weldon Irvine) qui improvise sur des tempos funky. Direct et sans fioritures, le style du disque est à la fois brut et subtil. Le titre éponyme est une longue et virile divagation très rythmée qui constitue le morceau de bravoure du disque (17 minutes), il est suivi d’un morceau plus classique (Mr. Clean), groove honnête et entêtant qui fait taper du pied, et du très beau standard Here’s that rainy day, étonnant de sobriété et de classicisme, qui clôt le disque avec élégance. En bref, un disque excellent, dans la lignée du funk-jazz de l’époque, celle de Bitches Brew (tous les musiciens de Straight life ou presque ont eu à faire à Miles Davis) et un plaisir renouvelé. Très bonnes affaires à faire chez CTI, donc, à vous de choisir ce que vous voulez (re)découvrir.