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3
sur 5

Khan est un cas à part, Khan est insaisissable, provocateur, hyper prolifique et surtout talentueux. Né d’un père turc et d’une mère finlandaise, Khan, de son vrai nom Can Oral, a été élevé en Allemagne avant de s’installer à New York. Il a sorti des centaines de disques sous des dizaines de pseudos différents (Global Electronic Networks, Cube 40, H.E.A.D, 4 E, Black Sabbath Riot, Mass-Turbator, etc.) pour d’innombrables labels (Mille Plateaux, Force Inc, etc.), y compris les siens : Super-8, El Turco loco, Temple Records. Passport est une compilation de quinze morceaux de l’artiste, dont certains inédits, qui reflètent la variété des styles qu’il aborde dans ses compositions : de la techno minimale typique de l’axe Cologne-Berlin à la house, jusqu’au bordel artistico-conceptuel qu’il provoque parfois sur scène (il lui arrive, à la manière d’Alec Empire, de vouloir « saisir » son auditoire. On l’a vu tout nu, parfois, faire des choses…).

Electro funk ou Krautrock ? Global electronic networks, deux titres passionnants. Le titre de Cube 40, décrit comme une tentative de faire du Ramones en techno, est très réussi : pas de guitares, mais une ambiance cosmique à faire frémir n’importe quel raver de 1993. Sous le simple nom de Khan, les titres sont plus brutaux, entre new beat et electro. Le même avec Julee Cruise est toujours aussi chiant. En revanche, avec son pote Walker, ça devient purement minimal, vaguement poétique même. Avec HEAD, il se rapproche beaucoup plus de Kraftwerk, voire de Ash Ra Tempel : morceau planant avec sample d’opéra, ça pourrait faire pompier, c’est au contraire beau comme du Orbital. Evidemment, Black sabbath riot, avec un nom pareil, ne peut pas être sérieux. Le concept : lui et son copain Lary 7 essaient d’écrire les chansons que Black Sabbath (mené à l’époque par Ronnie James Dio) aurait pu jouer au Milwaukee en 1980 si le concert n’avait pas été annulé parce que les spectateurs avaient détruit la salle. Porque no ? Résultat : un hip hop crade avec plein de feedback.

Mass-Trubator est un single de house un peu sale qui fait son petit effet (et qui a d’ailleurs été n° 1 des DMC Buzz charts en 1993). Sous le nom de 4 E, notre homme est beaucoup plus abstrait et référentiel aux démons de la danse allemands. Du funk, des loups, des femmes. A ce titre, Stay fresh est une pure merveille de sensualité. Et on termine cette compilation par un titre sous le nom de Psi-project, son premier groupe. Du punk rigolo et cosmique, avec rots et rires, rythmiques merdiques et riff de guitare punky. Du Suicide à la petite semaine. Très bien, au demeurant. Bizarre qu’il n’ait pas eu de contrat à l’époque.
Une compilation pleine de très bons titres qui pourront vous faire découvrir l’animal si vous ne le connaissez pas encore. Ceci dit, recommandons au plus curieux d’acheter les albums, rarement décevants.