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4
sur 5

Ca fait plusieurs années maintenant que, sur quelques conseils avisés d’éminentes figures de l’underground chicagoan (Rom Mazurek, Jim O’Rourke) ou viennois (Christof Kurzmann), on suit les aventures soniques du guitariste Kevin Drumm. D’abord ci et là, en présence fantomatique sur les disques de Tony Conrad, MIMEO, ou Alan Licht/Loren Mazzacane Connors. Puis au devant de la scène, pour les énigmatique Kevin drumm et Second (sur le label américain Perdition Plastics), où il explorait les recoins les plus intimes du son, de sa guitare, d’une pédale de volume ou d’un générateur de fréquences invisibles. Entre le silence et les tressaillements effacés d’un feedback ultrasonore, son investigation du minuscule n’a depuis cessé de nous accompagner, figurant tout en haut, avec les travaux de Mika Vainio et Bernhard Gunter, des plus passionnantes explorations des extrêmes du champs sonore.

C’est donc avec joie et excitation que l’on témoigne ici de l’arrivée du mutique américain chez Mego, et avec délectation qu’on le voit se tailler la part du lion et remettre les points sur les « i » d’un audio art expérimental en sérieuse carence de radicaux libres en ce moment. Sheer Hellish Miasma est exactement ça : une déflagration jouissive de sonorités simples (feedbacks électriques, sinewaves défoncées) et de textures extrêmement denses et chaleureuses (bruit blanc granuleux, râlements revêches, basses grasses) qui amène un grand bol d’air frais à la musique expérimentale en général (Drumm est de toutes façons inclassable, entre musique improvisée, électronique et noise). C’est tout le bonheur de l’analogique, récemment abandonné par Merzbow au profit d’un Powerbook, qui revit entre les doigts extrêmement experts de Drumm, qui manipule un fourbi de pédales, de micros, et synthétiseurs analogiques et, bien entendu, sa guitare. Attention, cela ne veut pas dire que le travail de l’américain n’est pas précis : dès le Turning point d’introduction, avec ses enchevêtrements de textures complexes incessants, Drumm applique à ses diarrhées maximalistes le même souci du détail qu’aux climats microscopiques de ses deux premiers disques. Les drones de feedbacks de Hitting the pavement sont plus chiches, entre Metal machine music et Pan Sonic. Mais l’incroyable The Inferno est tout bonnement ahurissant : symphonie interminable pour marteau piqueur, ode au bruit dans toutes ses formes, ces vingt-cinq minutes de pure rage ont tout du classique.

Derrière son amusant artwork façon doom gothique (piqué chez son compère Weasel Walter des Flying Luttenbachers ? ), Sheer Hellish Miasma est donc d’ores et déjà un étalon noise incontournable. Just crank it !