Exploitant la veine ouverte par February (2005), premier LP solo de Jonathan Kane (lire notre entretien), et I looked at the sun (2006), très réussi EP subséquent, Jet ear party recèle de longues plages de « blues progressif ». Kane y roule et déroule inlassablement des boucles entêtantes, expurgeant le genre de toutes ses accidents pour n’en garder que l’essentiel : le riff ciselé, exemplaire, répété ad infinitum. Une quête initiée lors de ses années passées à jouer avec les plus grands du courant minimaliste new-yorkais, mais surtout, la quête ultime du genre duquel il est issu et aux sources duquel il puise son inspiration, le blues : « Ecoute Mississippi Fred McDowell, Son House, John Lee Hooker, nous conseille-t-il. Ces artistes ne jouaient souvent que des pièces consistant en un accord bourdonnant et un riff hypnotique, répétitif ! ».

Jet ear party ne se contente pas de creuser le sillon de February ; avec ce nouvel album, Kane s’émancipe de l’influence de Chatham, jusque-là prégnante, pour trouver sa propre voix : celle d’une Americana jubilatoire lancée à pleine vitesse sur des rails scintillants, embarquant dans ses wagons l’accent de toutes les musiques du Nouveau Continent. Les pièces de Jet ear party sont ainsi épicées de sonorités nouvelles, clins d’oeils passagers ou hommages appuyés aux héros musicaux de Kane. Entre les progressions lentes et irrésistibles auxquelles February nous avait habitués (Smear it, Gripped, Jet ear party, Roller coaster), se glissent des boucles déliées à la Phil Glass (Super t-bone), d’amples trémolos à la Chatham (Blissed out rag), le 2/4 métronomique du ragtime (Blissed out rag) et les riffs jubilatoires du funk de Sly Stone (Thank you (falletinme be mice elf agin)).

Et si avec February, le compositeur défrichait en solitaire une nouvelle route, aujourd’hui, il y conduit de nombreux collaborateurs, et fait de Jet ear party une histoire d’amis. De piste en piste, on y croise ainsi l’harmonica de son frère Anthony (Smear it), la cornemuse de David Watson, soliste extatique de sa version de Thank you (falletinme be mice elf agin), et la guitare d’Igor Cubrilovic. Avec Up in Flames, enfin, balade soul qui n’est sans doute pas la pièce la plus puissante, mais certainement la plus touchante de l’album, Kane assourdit ses guitares pour laisser s’exprimer les voix lascives de Lisa Burns et de Peg Simone, sur un texte de Holly Anderson, sa compagne à la ville. Hypnotique, explosive, abrasive parfois, la musique de Jonathan Kane est toujours chaleureuse. On lui souhaite encore de belles rencontres.

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