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Soyez heureux, habitants du Mans ! Au sein de votre médiathèque se cache un des secrets les mieux gardés de la scène underground française : Jean-Luc Le Ténia… Ce brave employé municipal est aussi chanteur à ses heures. Peut-être que les fans des Wampas , s’il en est parmi vous, trouveront ce nom familier. Car un morceau lui était dédié sur Chicoutimi : Didier Wampas avait été séduit par une cassette que le jeune Jean-Luc lui avait offerte à l’issue d’un concert (d’où un retour d’ascenseur immédiat de la part du groupe « qui a inventé le rock’n’roll »). Les fans de Miossec ont peut-être vu également ce dernier l’inviter à monter sur scène lors de son passage au Mans pour asséner quelques titres à l’auditoire…

Aujourd’hui, c’est Ignatus, sur sa structure Ignatub, qui nous sélectionne quelques unes des 600 chansons (!) que Jean-Luc Le Ténia compte déjà dans son répertoire. Soit 41 titres jubilatoires et maniaques. Tout l’univers mental et quotidien du jeune homme défile sous nos yeux : déclarations d’amour hallucinées (Si j’étais une nana, Infirmières…), attaque des « rivaux » (Bertrand Cantat et Russ Meyer sont tournés en dérision), énoncé des règles de vie (« on ne réveille pas un vieux pervers qui dort »), recensement de ce qu’il a accompli (« je fais saigner mes grains de beauté/je drague la caissière du Viveco/je fais des pompes à minuit » dans Les Chaussettes de bébé). En fait, tel Gene Defcon, Jad Fair ou d’autres, Jean-Luc semble faire feu de tout bois et une hémorragie de chansons coule à la fois de son cerveau et de sa fidèle guitare, sans jamais sembler se tarir. Il s’est auto-proclamé « Le meilleur chanteur français du monde » et il est vrai qu’on ne lui voit guère que Manuel J.Grotesque comme rival dans notre beau pays. A quand une collaboration entre ces deux fous chantants ?

Alors même qu’il semble à mille lieues de se soucier de richesse mélodique ou harmonique, certaines de ses chansons peuvent rappeler, surtout dans la voix, le jeune Polnareff (Votre gourou, Trop beau, Les Yeux marron…). Quelques titres sont même emprunts d’un certain romantisme (Si tu me quittais de yeux, Pas comme ça). Ce parti pris de l’excès et du jusqu’au-boutisme pourra en rebuter plus d’un. Parfois, on pourrait dire que Jean-Luc Le Ténia tire un peu sur les ambulances (quel intérêt d’attaquer les Jean-Luc Delarue et autres Nagui ?) et finit par agacer. Cependant, on l’imagine volontiers partisan d’une torture plus ou moins volontaire de son auditoire. On lui pardonnera bien volontiers ce travers tant il nous réjouit lorsqu’il tire à boulets rouges sur la pénible scène « festiv » française qu’il renvoie dos-à-dos avec les beaufs de type Licence IV : à dire vrai, qu’est-ce qui les sépare fondamentalement de Sinsémilia ou du Peuple De L’Herbe ? La « beuh » a simplement remplacé les litrons de rouge…

Si vous survivez à l’épreuve de cette petite heure en compagnie de Jean-Luc Le Ténia, on ne saurait trop vous conseiller de poursuivre l’expérience en allant le voir sur scène. Ici, notre homme se révèle complètement. Et puis c’est surtout histoire de dire un jour à vos petits enfants que vous avez vu « Le meilleur chanteur français du monde »…