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4
sur 5

Sur le papier, la énième livraison de Jad Fair n’avait rien de folichon : une pochette assez laide, vue cent fois, en guise de faire part annonçant la naissance de Words of wisdom & hope issu des amours du binoclard d’Half Japanese avec un Teenage Fanclub dont on avait oublié jusqu’à l’existence… D’ailleurs, à la première écoute, les 12 titres de l’album ne vous arracheront sans doute pas des cris d’extase : on est proche des opus pop les plus convenus ou mainstream de Jad Fair (I like it when you smile) où l’on croisait déjà Norman Blake. Pourtant, peu à peu, cet album distille son charme insidieux, mais certain, jusqu’au creux de vos oreilles. C’est peut-être même la bande-son idéale, d’une St-Valentin tout aussi idéale, tant ce nouvel opus semble être une célébration de l’amour et du désir.

Behold the miracle plante aussitôt le décor, à grand renfort d’orgue velvetien (du style What goes on) et les compères se répartissent les rôles : à Jad Fair, la voix et les textes, au Teenage Fanclub, l’enrobage musical. Rien ne vient perturber cette mécanique et la facture assez Lou Reedienne de l’ensemble (entendre « adult rock ») explique peut-être une réserve relative au départ : le Teenage Fanclub se fait discret, ce qui est tout à son honneur, mais se cantonne sans doute trop à son simple rôle d’accompagnateur (comme ils ont pu le faire par le passé, avec d’autres légendes, telles Kim Fowley, autre monstre sacré du rock). Finalement, tout repose sur le brin de voix inimitable de Jad Fair, même s’il semble plus apaisé et normalisé qu’à l’accoutumée : à l’exception de quelques excentricités vocales (des titres comme Secret heart et leurs glapissements non identifiables), il fait encore la preuve de son habileté à poser une sorte de chant parlé, à la limite de la rupture, comme sur ce Smile d’anthologie, un satori amoureux qui rappelle les meilleurs moments de Jonathan Richman (Twillight in Boston ou That summer feeling). On retrouve cette parenté heureuse à d’autres reprises (le taquin Power of your tenderness) et on se dit que seul le rock américain peut produire ce genre de petit bijou à l’efficacité immédiate et primitive. Heureusement, au milieu de cet océan de tendresse, on rencontre parfois quelques récifs plus rock qui émergent : Near to you ou Crush on you viennent aérer ce qui pourrait n’être qu’un alignement de ballades au final un peu trop systématiques. Les cloches triomphantes et iconoclastes qui soulignent Love’s taking over, en fin d’album, viennent elles aussi rajouter une nouvelle couleur à la palette du Jad & de son Teenage Fanclub.

Sur la longueur (presque une heure), Words of wisdom & hope peut toutefois laisser une impression mitigée : la production, certes agréable au départ, se révèle sans doute un peu trop confortable et fait regretter l’absence d’aspérités qui auraient pu faire de ce disque une vraie grande réussite de bout en bout. On peut quand même parier sans grand risque que les fans de Teenage Fanclub (ou des Pastels surtout) y trouverons davantage leur compte que les fans du Jad Fair hardcore… C’est selon.