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2
sur 5

Horace Andy a beau être un grand chanteur de reggae, récemment « redécouvert » par Massive Attack, ce nouvel album (écrit en Jamaïque et composé entièrement d’inédits) est bien décevant. Pourtant, c’est le disque qu’il rêvait d’enregistrer. Mais, comme l’écrit très justement Vincent Tarrière à la fin d’un entretien avec le chanteur (Vibrations n°19, dont Andy fait la couverture) : « Living in the flood (…) est un bon album de reggae honnête mais sans génie comme il en sort des centaines chaque année. Un disque au son propre et policé manquant cruellement de direction artistique claire ». On ne peut pas mieux dire. Le problème, c’est la production : lisse et sans saveur, elle gâche le peu de plaisir que procure le disque, malheureusement aussitôt écouté, aussitôt oublié…
Pour les guitares, pensez au Gainsbourg de Love on the beat ; pour les rythmiques et les percussions, pensez : boîte à rythmes ultra moderne mal programmée ; pour les basses, pensez : absentes. Sans compter certains cuivres dégoulinants genre générique de talk-show américain… Seul le mélodica apporte encore à certains moments une touche d’authenticité. A titre de comparaison, il suffit de réécouter de vieux morceaux comme Skylarking ou Ain’t no sunshine pour saisir l’étendue du vide de Living in the flood.

Reste la voix, si particulière, haut perchée, avec ce petit trémolo de fin de phrase qui en fait tout le charme, notamment sur Johnny too bad ou Livin’ in the flood (morceau par ailleurs assez minimal mais pas assez pour ressembler à Tikiman… dommage). Ailleurs, on reste confondu par l’étendue du ratage : Doldrums (rien à voir avec le groupe du même nom), Seven seals et The Right time sont absolument atroces. On oscille entre la macarena et Sting, c’est terrible. Some people et Girl of my dreams font sérieusement penser à la Compagnie Créole qui aurait tourné country. Curiosité : le dernier morceau déballe ses onze minutes de variété funk issue du pire années 80.
Sérieusement, il n’y a pas grand chose à garder de cet album que les gars de Massive Attack ont probablement sorti par respect pour le monsieur, qui a pourtant écrit quelques-unes des grandes pages du Studio One. Sur After all, il chante : « Looking for a softer place to fall… ». Raté. La chute est dure, malgré tout.