PARTAGER
5
sur 5

« Nous ne sommes que des invités sur cette terre. Nous sommes nés nus et nous mourrons nus. Nous devrions respecter la paix sur la terre, là où nous nous trouvons, et au-delà de toutes les frontières. Emporte ce message de ma part partout dans le monde ». Ce propos est celui d’une déesse du chant née à Skopje, ville au climat rude où séjourne la plus grosse colonie Rom d’Europe. C’est aussi l’espoir incarné d’un peuple migrateur que le monde n’a pas toujours su accueillir à bras ouverts. Cœurs enflammées en marge du monde : le concept de Christian Scholze aurait pu s’intituler ainsi. Producteur, celui-ci ambitionne ici de compiler les amours fragiles des plus belles voix de femmes rencontrées sur la route des gitans lors d’une précédente aventure signée par son label. Ce double album nous fait traverser la Macédoine, la Roumanie et l’Espagne, en compagnie d’Esma, Gabi, Mitsou ou encore de Romica…

Des reines qui chantent la souffrance du prisonnier, la joie du mariage, la nostalgie du départ, la douleur face à la mort. Des histoires de vie somme toute simples, fondues dans une musique qui marie l’Orient, l’Europe et le reste du monde. Qui mieux que les femmes pour raconter l’épopée du peuple rom, ses déboires et ses petits moments de bonheur ? Des voix superbes qui en veulent et qui ne s’en laissent pas de conter. Pour elles, musique rime avec humanité. Qu’il soit festif ou non, leur chant appelle à la jouissance du mélomane. Cet album est aussi le parcours condensé en quelques chansons d’une destinée de femmes qui n’est pas si simple à résumer. Chez les Rom, les femmes n’ont pas toujours la place qu’elles auraient peut-être souhaitée avoir sous un ciel plus clément. Restent alors ces voix enjouées qui vous entraînent loin dans la nostalgie du paradis perdu. Celui que raconte la légende du prince perse qui aurait fait venir les Rom de l’Inde pour que ses sujets puissent égayer leurs journées en musique. Il leur offrit terres et toits en échange. Tant qu’il vécut, ce peuple venu d’ailleurs fut heureux. Mais à sa mort, ce fut l’exil. Qui mieux que les femmes pour dire en peu de mots ce qui a pu traverser tant de siècles ? Cet album est l’une des plus belles anthologies qui témoignent de ce fait.