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3
sur 5

On n’a plus trop de nouvelles des frères ennemis de la pop foutraque noisy US, Robert Pollard et Tobin Sprout. Guided By Voices splitté, albums solo, groupe ressoudé, à nouveau album solo, les trois dernières années n’ont pas été claires en ce qui concerne l’un des plus talentueux groupes indés d’outre-Atlantique. Pourtant, le succès, sur les deux derniers opus en tant que groupe, a plutôt été au rendez-vous -une reconnaissance tardive dont Pollard et Sprout doivent gentiment se contrefoutre. Ils préfèrent le maquis, les studios à la petite semaine, quelques bières et une poignée d’amis.
C’est à peu près ce que propose Crying your knife away, à ceci près que c’est un album live, enregistré à Colombus en 1994. A l’origine, il n’était sorti qu’en vinyle, pressé par un label ami et distribué par Guided By Voices eux-mêmes à l’intention de leur fanclub. Car c’est une habitude pour eux de presser des disques en petite quantité en dehors de leur contrat avec leur maison de disques pour satisfaire leurs die-hard fans. Belle attention de leur part -il est vrai que ce sont un peu des serial songwriters-, si ce n’est que Crying your knife away n’est peut-être pas le meilleur du lot.
Néanmoins, il est totalement fidèle à la qualité brute du groupe, aussitôt composé, aussitôt joué, aussitôt sorti. C’est la spontanéité qui prime, et les mélodies imparables -bien que systématiquement bancales- : on retrouve des classiques de GBV (My valuable hunting knife, Gold heart mountain top queen directory, Motor away, I am a scientist), et quelques titres moins connus, mais également estimables (Shocker in Gloomtown, Lethargy, Cruise, Awful bliss…). Malgré la qualité « radio » de l’enregistrement -mais quelle importance finalement ?-, de quoi patienter jusqu’à la prochaine reformation-dissolution.