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4
sur 5

Les enregistrements de Gary Wilson des 70’s sont tombés dans l’oreille de Peanut Butter. Wilson, cet être bizarroïde… Ce gaillard a sorti la tête de son trou vers 1977, flirtant avec la new wave et les squats de punks mal rasés. C’est en délogeant l’opus You think you really know me que Wilson s’est fait connaître à New York à la fin des années 70. Considéré par beaucoup de spécialistes (on citera Thurston Moore de Sonic Youth) comme un « pur chef-d’oeuvre vivant », Gary et sa musique ont disparu de la surface de la planète en 1980 pour bourlinguer vers des cieux probablement psychologiquement fragiles. Beck, lui, a entre-temps fait une dédicace sur un de ses titres (Where it’s at – Two turntables and a microphone), tandis que son nom apparaît en 1999 au générique d’un épisode des Simpsons ou sur les lèvres de nombreux musiciens curieux. Réédité en 2002, You think you really know me a connu un beau succès d’estime, ainsi qu’une série de live entre New York et L.A, par exemple… Gary a fait beaucoup de titres dans sa vie, comme tout bon songwriter qui se respecte. Mais Mary had brown hair n’est pas une compilation. La plupart des titres étalés ici sont des morceaux récents. Très éloigné de l’univers hip-hopien de Stones Throw, Gary plonge ses mains dans des synthés analogiques instables, des guitares tordues, passant en revue un rock débridé pour mieux lui briser les reins, rotant de longues litanies déprimées aux amphétamines (Shauna made me cry, Linda wants to be alone). Changeant souvent de direction, cet homme-orchestre entrechoque ses boîtes musicales enfantines, évoquant Prince sous weed ou les Talking Heads sous ecstasy. Très près de la cheville de Daniel Johnston ou le Robert Wyatt des premiers jours, ce dingue musical renvoie avec goût vers une période bénie de la fin des années 70’s, lorsqu’un certain pan de la musique à danser était menuisée et baroque. Les deux derniers titres de l’album, datant apparemment de 1977, semblent paradoxalement beaucoup plus calmes, plus doux (le sublime 6.4 = make out), comme si Gary Wilson était devenu de plus en plus timbré au fil des années. Un superbe ovni.

On retrouve d’ailleurs Gary sur la dernière grosse sortie du label Stones Throw, le combo CD + DVD regroupant inédits, mixes et autres vidéos rapologiques. Gary Wilson s’y déchaîne et s’y enchaîne tel un schizoïde infidèle et peureux à la fois, tout droit sorti d’un film jumeau du Maniac de Bill Lustig et Joe Spinell. Cerné par de jolies demoiselles frigides et appétissantes, ce vieux couteau semble à l’aise et décalé à la fois, comme un pantin doué de parole… Les images du clip de Gary (Linda wants to be alone) accompagnent avec délicatesse et ambiguïté cet imparfait déglingué, qui se masque et se peinturlure tel un clown accablé et meurtrier. La technique que Wilson utilise pour pitcher sa voix n’est pas sans rappeler un certain Madlib, qu’on retrouve bien évidemment sur les vidéos (Come on feet et Good morning sunshine de Quasimoto, Whenimondamic de Lootpack, pour ne citer qu’eux…). Eparpillées comme autant de têtes de weed pour b-boys embrumés, les apparitions de MF Doom (zoom sur le Madvillain Tour ou sur le clip animé The All caps blueprint, extrait de l’album Madvillain), Dudley Perkins et tous les lascars de chez Stones Throw nous donnent rendez vous pour fêter en hip-hop la fin de l’année 2004 sur un best of qui célèbre leur 101e sortie. Les bonus divers défilent et nous abondent d’interviews, de reportages et de passages télés, sans compter les storyboards de clips ou les lives. Le deuxième CD présente lui un mix de Peanut Butter Wolf, allongeant parfaitement une grande brochette de ses complices (Charizma, Medaphoar, Wildchild, Declaime, Lootpack, Stark Reality, Jaylib aka Madlib & Jay Dee, etc.). La plupart des titres sont présents sur la série des Rééditions Stones Throw. Malgré quelques égarements récents (l’album de Dj Rels, par exemple…), Stone Throw continue de larguer de bonnes sorties, et ce depuis 1996. Le temps passe vite…