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4
sur 5

Voici un disque remarquable, à ne pas ranger trop vite parmi les différentes tentatives de recréation de l’univers du chef-d’œuvre inachevé des Beach Boys, Smile. Il s’agit là du deuxième album d’un groupe anglais à peu près inconnu en France, auteur l’année dernière d’un 8 track sound system, petit essai de pop bricolée maison, mélodique et parfois noisy. Là où ce premier disque faisait juste allusion aux frères Wilson (Passing thru en écho à passing by), ce nouvel ouvrage retrouve assez miraculeusement leur béatitude.

Malgré la misère revendiquée de l’esthétique lo-fi (guitare maladroitement arpégée, rythmes de claviers électroniques pour enfants, vocaux approximatifs, zéro reverb), l’infantilisme affecté propre à une certaine internationale indie-pop (bruits de cour de maternelle, évocation enfantine de l’hiver et de ses boules de neige), Fonda Five Hundred parvient à s’approcher du génie des frères Wilson, bien plus que tous les High Llamas de la terre. Ca tient à une raison bien simple : là où les tâcherons de la nostalgie se contentent de décalquer des formes, FFH retrouve le souffle qui leur fut insufflé.

Les revivalistes tendent à ériger en canons les propriétés objectives de certaines œuvres considérées rétrospectivement comme l’acmé d’un mouvement artistique. Mais ils ne comprennent pas que ces formes sont l’état provisoire d’un mouvement et que c’est ce mouvement qui crée la tension artistique en ces formes. Ils considèrent les sciences de l’arrangement et de l’harmonie de Brian Wilson, en 67, comme une fin, alors qu’ils ne sont que les moyens de la poursuite d’une quête musicale en germe dès les balbutiements du groupe de surfeurs. Banale illusion du classicisme.
Au contraire, Fonda Five Hundred commence par le début : un accord, une mélodie simple et touchante, puis un deuxième accord dix plombes plus tard, une timide harmonie vocale, toujours portée par l’évidence de la mélodie, et vlan ! un renversement avec une petite percussion et un son d’orgue tiré de quelque puéril Portasound.

Ce disque, qui débute dans le plus modeste des fredonnements, devient une vertigineuse récré avec trois fois rien. Une orgie avec trois chips. Plus rien à foutre des grilles d’accords archi-sophistiquées, des pianos Fender Rhodes, des basses fuzz enregistrées dans une piscine olympique vide avec cinquante micros Neumann. Il suffit d’écouter Journey into the sound of Autumn and Winter -et le tube Robot Dancing au cœur de ce voyage- pour comprendre que l’invention est plus forte que l’habileté. FFH ravive avec fraîcheur le combat de l’esprit contre la lettre.