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3
sur 5

En quelques mois et un album, le désormais culte Endless summer, Christian Fennesz est passé du statut de diva de l’underground expérimental autrichien à celui de plus sérieux espoir du grand crossover avant electronics/pop. Son art sonore, fait de digressions soniques fracturées et abstraites, de contrepoints guitaristiques et de nuages mélodiques, s’est laissé progressivement ensoleillé au fur et à mesure que sa guitare s’est faite reconnaissable, provoquant la naissance d’un hybride parfait, au risque, diront certains, de tourner à la formule. C’est ce qui fait défaut à un récent 12 », partagé avec Main, sur Fat-Cat, et c’est ce qui explique le lourd poids qui repose maintenant sur l’Autrichien, qui a la très contraignante tâche de ne décevoir personne, puristes des débuts ou novices récemment gagnés à sa cause.

Ce Field recordings, qui compile inédits, raretés sorties sur diverses compilations, remixes réalisés pour d’autres, et surtout le très très culte Instrument EP, sa première sortie sur Mego en 1995, permet de remettre les pendules à l’heure, et est, peut être, l’occasion pour l’artiste de respirer un bon coup avant de songer à la manière dont il rebondira demain. Bien entendu, le disque, outre la valeur respective des raretés qu’il rassemble pour les nombreux collectionneurs -qui n’attendaient probablement que ça…- est une déception dans son ensemble, surtout lorsqu’on le compare aux fabuleux Plus forty seven degress 56’37 » minus sixteen degrees 51’08 » ou Live at revolver, précédentes contributions pour le compte de Touch : les morceaux sont chichement compilés, tout juste mis bout à bout, sans véritable effort de cohésion. Le disque aurait ainsi probablement considérablement gagné à être mieux organisé, au delà de l’éthique/esthétique d’archivage chère au label londonien.

Restent les morceaux eux-mêmes, pour la plupart exceptionnels, et, faut-il le rappeler, trois crans au dessus de la production électronique actuelle. Si Instrument a énormément vieilli (seule le morceau d’ouverture, 1, bluffe encore), entre ambiant vieillot (4) et proto jungle mal dégrossie (3), tout ici est réellement brillant : Menthol (extrait de Clicks and cuts 2) est ses allers et venus parfaits entre chaos et mélodie, les feedbacks traités du rêveur Surf (sorti sur la séminale compilation Decay d’Ash Int, sous label de Touch), le bijou miniature Ivendoo (remix de Hrvatski), le slow de fermeture Codeine (remix pour Ekkehard Ehlers et Stephan Mathieu)… Avis donc : ce disque, qui s’adresse aux fans, en ravira plus d’un. Pour les autres, si vous ne connaissez pas encore les chefs d’œuvre Hotel Paral.lel et Plus forty seven degress 56’37 » minus sixteen degrees 51’08 », il est plus que jamais temps de revenir sur ces pierres angulaires de la musique moderne. Et pourquoi pas de compléter sa collection avec ce Field recordings disparate mais bourré de pépites.