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3
sur 5

On pourrait commencer par faire la leçon aux jeunes générations, se rafraîchir un peu la mémoire. Même si ça ne justifiera pas pour autant ce disque juste honnête qui passera malheureusement inaperçu. Parce qu’on parle quand même d’Edwyn Collins et qu’il est grand temps que ce garçon rentre dans les manuels d’histoires du rock, de son vivant. Sans Edwyn Collins, la musique anglaise ne serait pas ce qu’elle est, pas de Smiths, de Jesus And Mary Chain, et donc pas de britpop.

En mêlant son amour de la soul, des Byrds et du Velvet Underground à l’énergie du punk, Orange Juice, fer de lance du label Postcard d’Alan Horne, invente l’indie-pop, préfigurant les Smiths plusieurs années a l’avance. Pour les sceptiques, une seule écoute de Falling and laughing devrait suffire… Et bien qu’Orange Juice signe rapidement sur Polydor, l’impulsion d’une scène indépendante écossaise (avec les conséquences que l’on sait, des Pastels à Primal Scream, tous les groupes du début de Creation doivent quelque chose au team Postcard/Orange Juice) est donnée. A l’heure actuelle on ne s’explique toujours pas comment Don’t shilly shally, son premier single solo, a échappé à un numéro un mondial : le timing sans doute. Puisque ce n’est qu’au début des 90’s, après avoir sorti deux albums attachants Hope and despair et Hellbent on compromise qu’Edwyn Collins se retrouve à la place qui lui était dévolue. A Girl like you, probablement l’un des morceaux les plus efficaces depuis The Passenger d’Iggy Pop apporte enfin la gloire à notre Elvis Punk (on l’a vu fracasser la tète d’un spectateur récalcitrant lors d’un set acoustique).

Le succès n’est pas aussi flagrant avec I’m not following you, le successeur de Gorgeous George, dépassant l’idiome pop et résumant l’étendue de ce qu’un vrai fan de musique peut offrir à ses pairs. Aujourd’hui notre homme publie ce disque de soul acoustico-électronique où l’on retrouve avec plaisir un songwriting qui n’a rien perdu de sa verve et de sa causticité. Mais même si l’on accueille une fois de plus avec joie cette voix de Stentor, ces mélodies bluffantes et ces textes vaguement cyniques, on sent à l’écoute du disque une tristesse résignée, comme si la fête était bel et bien finie. Peut-être qu’Edwyn Collins veut nous annoncer, en utilisant des sons propres à la R&B, que la pop-music est désormais, comme à l’époque de l’âge d’or de Motown, passée du côté des afro-américains. Et qu’on n’est pas prêts de revoir débarquer ni les Beatles, ni les Stones.