PARTAGER
4
sur 5

Voilà une idée judicieuse: Dogbowl reste encore trop injustement méconnu -même au sein des branchés de tous poils- et cette compilation vient à point nommé pour rendre justice à un artiste aussi singulier et constant que Stephen Tunney (Dogbowl dans le privé). Ses multiples albums étant dispersés sur autant de labels qu’il y a de continents, il est possible que vous en ayez raté une partie. Cette sélection de 18 titres permet de rectifier le tir : de Shimmy Disc à Lithium, ce new-yorkais est devenu un américain à Paris depuis quelques années, et sa production est passée des luxuriances psyché de Tit ! (an opera) au minimalisme de The Zeppelin record, sans que jamais la source ne se soit tarie.

On retrouve donc avec délectation cette plume alerte et surréaliste, jamais éloignée de la prose de Syd Barrett (période Pink Floyd), sur Hot day in Waco (une nouvelle version pour un classique) ou Hello Helen. Son univers est peuplé de créatures plus ou moins inhabituelles qui témoignent de son goût des prospections autour des monstres et des télescopages d’idées : le très Soft Machinesque Cyclop nuclear submarine captain part d’un délire autour du film de Ray Harryhausen : qu’aurait fait ce brave cyclope s’il avait eu à sa disposition un sous-marin nucléaire ? Ce titre n’est pas exempt de métaphores sexuelles (« I am the captain of a nuclear submarine / And my periscope is on you ») et d’autres sont franchement explicites car Dogbowl est plus que concerné par la question : Nothing better n’y va pas par quatre chemins pour chanter les louanges du cunnilingus et de son lot de sécrétions vaginales à déguster. Cependant, sans doute pour se faire bien voir (?), Dogbowl se fait parfois féministe, ou plutôt anti-machiste, sans tomber dans les poncifs du genre : de ce point de vue, Womanizer manie un humour tout à fait ambigu qui le rapproche des tentatives de Chris Knox sur le même thème (un beau challenge).

Jetez-vous donc sur ce Best of Dogbowl vol. II intelligemment réalisé (on retrouve toutes les facettes du personnage sans en être gavé) car la suite risque d’être toujours plus underground et de fait difficile à dénicher : Fantastic Carburator man, son album de 2001, est distribuée par Dogbowl lui-même sur son site… Pourtant, cet éternel amateur de « cigares, guitares et topless bars » ne manque pas de ressource : à sa casquette de chansonnier illuminé et surréaliste, il convient d’ajouter celle de peintre (jetez un coup d’oeil aux pochettes) et de romancier (après avoir décliné un personnage sous forme de concept album dans Flan, Stephen Tunney en a fait le terreau de son premier roman). Cet album en forme de carte de visite vous décidera sans doute à faire plus ample connaissance avec ce petit maître.