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4
sur 5

Les inconditionnels du trio Medeski, Martin & Wood n’avaient sans doute pas oublié les scratchs dont il avait agrémenté leur album Combustication, conclusion d’une longue collaboration commencée au milieu des années 90 lorsque, tendant de plus en plus les oreilles vers la note bleue et enregistrant avec le trompettiste Graham Haynes, il avait été invité à faire la première partie de leurs concerts : Jason « Dj Logic » Kibler prenait un envol précoce dans la sphère jazz après avoir écumé dix ans durant celle du hip-hop. Partenaire du guitariste Vernon Reid (Living Color) et du saxophoniste Don Byron, habitué de la Knitting Factory (il y fait un solo avant le passage d’Amon Tobin en 1999) et de plus en plus décidé à faire voler ses sons de leurs propres ailes, il monte son Project Logic et enregistre dans la foulée un premier album éponyme où, avec un indéniable talent et un flair redoutable pour l’air du temps, il transforme sa table de mixage en estrade de chef et ses platines en outil d’improvisation. Sa patte se consolide un peu plus dans The Anomaly, gargantuesque pot-pourri de boucles électroniques, de matériaux de récupérations samplés ici ou là, de l’accompagnement du groupe (Casey Benjamin, anches ; Stephen Roberson, batterie ; Scott Palmer, basse ; Mike Weitman, claviers) et d’interventions acoustiques signées Medeski (orgue), Ron Miles (trompette), Mino Cinelu (percussions), Graham Haynes (trompette) ou Vernon Reid (guitare).

Aucune plage de repos dans cet univers bouillonnant et accidenté où les innombrables et incessants événements, bifurcations, accélérations et ruptures créent un monde ludique et éclectique, les beats en cascade portant un empilement de couches sonores synthétiques ou non ; les tablas répondent aux boîtes à rythmes, le balafon au scratchs, le didjerridoo aux gadgets électroniques sans que l’ensemble n’en paraisse le moins du monde vain ou artificiel. Dj Logic a le goût des alliances réfléchies et un don certain pour les cohabitations sonores inattendues ; il paye respectueusement son tribut au jazz électrique de la grande époque davisiene dans Bean-E-man (hommage au souffleur des Headhunters, Bennie Maupin) et Miles away, composé et arrangé par Vernon Reid. On sort de ce maëlstrom jubilatoire avec l’impression d’avoir assisté à un feu d’artifice : les éclats électroniques de Jason Kubler valent dix ou vingt fois les engouements éphémères de certaines rédactions branchées.