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3
sur 5

Divine Styler est un revenant. Après deux albums cultes (Word power en 1989 et Spiral walls containing autumns of light en 1991, sortis sur le label d’Ice T, Rhyme Syndicate) en avance de dix ans sur tout le trip-hop et l’illbient, le rappeur autoproclamé « seigneur de la métaphore » revient sur Mo’Wax avec ce très attendu Word power 2. Tellement attendu qu’un fanzine (In search of the Divine Styler) lui a été consacré pendant toutes ces années ! Après une collaboration au projet Quannum de DJ Shadow, le voici de retour in full effect avec un disque passionnant qui plaira aux fans de Kool Keith ou Prince Paul. En bref, 18 morceaux et 61 minutes de hip-hop tordu et sombre comme l’enfer, noir et expérimental.

Ce qui frappe avant tout à l’écoute de ce déluge de rimes malsaines, c’est la variété des styles abordés. Après une intro chantée en arabe (The Ahdan), on attaque avec un court morceau à base de voix féminine from outer space (Contact 1) qui reprend à la moitié du disque (Contact 2). Dans un style plutôt classique, on a Satan Dynasty killa 1, qui, avec Triple irons, Oneself duel, Haaji, Nova et Microphenia, évoque à la fois le meilleur de Kool Keith et Jeru the Damaja : très efficace, bien produit, toujours un peu dérangé. Le phrasé est posé, menaçant, impérial. En un mot, Divine Styler maîtrise son sujet et le sait. Ailleurs, il se montre aussi à l’aise dans un registre ragga-isant, avec Unseen letter et The Grand design, qui font penser à une sorte de Wu Tang Clan devenu froid et sardonique. Le titre le plus tubesque du disque est bien sûr le plus funky Before mecca, qui groove à mort sur une rythmique saccadée chère à Timbaland. Terrible. Enfin, les morceaux les plus intéressants sont les plus expérimentaux : Time fold 79, son piano désaccordé et sa rythmique distordue ; l’incroyable Directrix, basé sur une boucle de CD qui saute, puissant et agressif comme du Oval enfin viril ; Satan dynasty killa 2, ses cuivres phasés et son bordel industriel ; Make it plain et ses giclées d’électronique analogique ; Sound quest, enfin, parfaite représentation de la parano urbaine, dur comme l’acier et pas loin de Sensational.

Au final, un très bon album d’un vieux de la vieille, qui n’apporte rien de vraiment nouveau, mais qui ravira les amateurs des productions WordSound, d’illbient et de toutes productions de hip-hop décalé et ténébreux. De la belle ouvrage par un professionnel de la rime, qui croit au pouvoir des mots -et qui parvient à nous convaincre.