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3
sur 5

Caisse claire tendance mitraillette, groove millimétré, métronome implanté dans le cortex et breaks surhumains : Dennis Chambers est sans doute l’un des musiciens les plus idolâtrés dans les écoles de batterie et parmi la faune, toujours vivace malgré les gémonies auxquelles beaucoup de mélomanes vouent le genre, des amateurs de jazz-rock. C’est à la fin des années 70 que le prodige se fait un nom, propulsant la section rythmique des groupes de George Clinton (Funkadelic et ses multiples succédanés) ; il fera partie, durant la décennie suivante, des principaux acteurs de l’ère jazz-rock, offrant ses cymbales et ses pédales aux rejetons du Miles Davis eighties : le guitariste Mike Stern, les saxophonistes Bob Berg et Bill Evans feront ainsi régulièrement appel à ses services, certains de trouver dans la puissance et la vélocité de son jeu de quoi dynamiser et mettre en mouvement la mécanique d’une musique ouvertement démonstrative. La sûreté de ses tempos en fait également un musicien de studio très prisé, notamment aux côtés de Carlos Santana (qu’il rejoindra d’ailleurs à l’occasion d’une tournée européenne l’année prochaine) ou Steely Dan. On le retrouve par la suite dans des contextes plus « ternaires », en particulier au sein des Free Spirits du guitariste John McLaughlin (avec l’organiste Joey de Francesco), avec lesquels il enregistre un splendide album live à Tokyo.

Cet album en leader (le premier à notre connaissance) donne toutefois à entendre le versant le plus radicalement binaire et spectaculaire de son jeu : Outbreak, produit par l’inévitable Jim Beard (clavier star d’innombrables formations du genre et grand manitou du label Cream), relève du jazz-rock dans ce qu’il a de plus vide et jouissif, exprimant à la fois un manque de personnalité quasi-total (compositions fast-food, son hyper-léché, personnel pléthorique, innovation minimale) et une puissance technique jubilatoire. Nombre d’adeptes du genre figurent au casting (les frères Brecker, John Scofield, Jon Herrington, Arto Tuncboyaciyan ou Aaron Heick) ; les neuf thèmes proposés ne sont que purs et simples prétextes à débauche de plans explosifs et d’effets sans nuances, organisés autour d’un batteur-leader qui prolonge d’un poignet solide la double tradition des drum-heroes des années 70 (Billy Cobham, Steve Gadd, Alphonse Mouzon) et des batteurs funk, même si l’extrême précision de son jeu ne va parfois pas sans desservir son groove. Les puristes soupireront devant le manque d’âme d’une galette aseptisée et parleront, au mieux, de soupe à gros moyens ; les autres ne se poseront même pas la question et se raviront avec un plaisir sciemment naïf des exploits rythmiques d’un Dennis Chambers aussi virtuose qu’à l’accoutumée.