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3
sur 5

Dark Star a beau sortir son premier album, ses membres, eux, ne sont pas tombés de la dernière pluie. Le groupe londonien est en effet né des cendres de Levitation, décédé à la suite du départ de Terry Bickers, son chanteur et fondateur. Une mort douloureuse, qui laissa sur le carreau David, Bic et Laurence. Pas pour trop longtemps cependant. A la suite d’un concert de Sonic Youth, le trio se réunit, répète, écrit et se repartit de nouveaux rôles. Bic Hayes, guitariste, se retrouve ainsi à chanter. Et fait preuve d’une rare humilité pour un débutant : tout au long des 9 plages de l’album, sa voix reste discrète, presque sous-mixée, au point que parfois, il n’en parvient pas beaucoup plus qu’un doux murmure étouffé. Tant pis pour ceux qui préfèrent les braillards aux cordes vocales à vif, le but des Dark Star n’est pas de faire du bruit, puisqu’ils poussent aussi la perversion à jouer certaines mélodies en sourdine.

Cependant, il serait erroné de les reléguer au rang des doux et des provocateurs de bâillements. Ces Stars-là ont bâti leur album autour d’un principe inattendu, à la limite du casse-gueule : récupérant la sempiternelle formule du couplet lent/refrain brutal, ils l’ont affinée et se la sont réappropriée. I’m the sun incarne parfaitement leur méthode, qui consiste à distiller du grunge calme et apaisé. Il suffit d’imaginer Pearl Jam enfin capable de canaliser leur colère pour avoir une idée précise du son Dark Star. 20/20 sound se distingue aussi grâce à l’utilisation que ses créateurs ont fait de leurs rythmiques : la basse est agile, la batterie subtile et les percussions coulent librement, évoquant Can. Le futur single Graceadelica plane haut (Bic y chante à son plus désabusé et s’amuse avec son vocoder) et résume plutôt bien l’identité sonore du groupe. Malheureusement, ce qui pourrait être un avantage majeur -on les reconnaîtra vite fait à la radio- se retourne contre eux. Les morceaux s’enchaînent sans créer de surprise, victimes d’une trop grande cohésion. On saluera cependant leur talent à créer des chansons urgentes sans utiliser de rythmes effrénés trop évidents, leur volonté de donner quelque chose de différent de ce qu’on entend ou a entendu.