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5
sur 5

Pas franchement le groupe le plus simple de la planète, les Dandy Warhols ont donné à plus d’un l’envie irrésistible de leur coller des baffes. Talentueux, arrogants, jolis à regarder, et auteurs de quelques magnifiques scies (musicales, naturellement) comme Not if you were the last junkie on earth ou Every day should be a holiday, les natifs de Portland énervent. Ou, réjouissent au plus haut point, ça dépend. Et avec Thirteen tales from urban bohemia, ils sont assurés d’agacer ou de ravir plus encore.

Leur deuxième et précédent album avait contre lui un farouche penchant pour la pop, qui, même sophistiquée, restera pour certains le McDo de la musique -trop facile à consommer, immédiatement satisfaisante. Cette fois, les Dandys ont exploré des terrains déjà connus (le psychédélisme) et des jamais foulés (la country). Et ils s’en tirent avec brio, incapables d’être moyens, eux qui ne visent rien de moins que la flamboyance. Lorsqu’il faut planer, on décolle carrément avec les trois premiers morceaux, aux arrangements impossibles à démêler, dans lesquels guitares saturées, bruitages et vocaux étouffés se superposent avec hardiesse. Lorsqu’il faut faire péquenaud, avec Country leaver, on part, direction la ferme, les caquètements, les hennissements et l’ambiance chanson de feu de camp. Même extrémisme quand les Dandy Warhols abattent la carte de la bizarrerie avec Horse pills ou Solid. A eux les bruitages incongrus, les tempos sautillants ou, au contraire, archi-monotones et obsédants, les paroles stupido-farfelues… On prévoit au single Get off, avec ses chœurs et ses guitares acoustiques dopées, un destin similaire à celui de ce refrain à jamais gravé dans nos cortex : « Heroin is so passé »…

Le résultat ne serait pas aussi impeccable sans la voix de Courtney Taylor, qui ne se départ jamais d’une impressionnante dose de morgue et d’ennui chic. Ni sans des compositions inspirées (parfois détournées, comme Bohemian like you qui doit tout au meilleur des Rolling Stones). Et quand l’ambiance trépidante retombe, sur Sleep, ballade tout en échos, ils trouvent le moyen d’émouvoir, de toucher -ce dont on n’aurait pas osé soupçonner ces quatre poseurs magnifiques.