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4
sur 5

Dakota Suite, groupe de Leeds, nous emmène avec cet album instrumental dans de doux paysages américains, entre le néo-classicisme des Rachel’s (pour la tristesse et le choix de l’instrumentation), la scène post-folk des Palace, Low ou Sophia, et le travail développé à Chicago par de tranquilles bidouilleurs. Pour compléter le tableau, précisons que Richard Formby (ex-Spacemen 3), guitariste et producteur du groupe, a notamment produit le dernier album de Hood, proche de celui-ci, et qui samplait justement les Rachel’s. Point commun à tous ces groupes, un sens de la respiration, du silence et de l’espace qui laisse à l’auditeur un rôle important à jouer. Si tout film est refait par chaque spectateur, nul doute qu’il en va de même pour cette musique faite de décors magnifiques mais sans acteur, le chant présent sur Alone with everybody (leur collection de EPs) et Songs for a barbed wire fence (premier véritable album) ayant disparu. A chacun d’y projeter son histoire.

Musique de films ? Avant même de voir le dernier David Lynch, Une Histoire vraie, on est sûr que cette musique irait très bien à ce lent périple rural émaillé de sentiments simples. On conseille aux cyniques de s’abstenir, ils ne supporteront pas les quelques moments où l’on entend des échos de Michel Nyman (sur One year), et ne sauront probablement que faire de cette musique fragile et modeste, sans âge. Ces morceaux acoustiques courts, où piano, violoncelle, guitare et clarinette se marient ou se relaient délicatement, servent en effet un propos des plus directs. La mort, la solitude ou la vieillesse sont les thèmes de Chris Hooson, chanteur et compositeur principal, obsédé par la mort de proches et par le cancer de sa mère. Les titres des morceaux (I am losing you, Wave of sorrow, When I think of myself dead), les photos (des bouts de bois qui s’érodent dans l’eau et autres natures mortes N&B rappelant les images des Red House Painters), tout concourt à un sentiment de désolation ; mais malgré son thème, le disque est d’une très grande pudeur, ses brefs morceaux vous happent pour peu que vous y soyez réceptif, mais ne vous agitent jamais leur tristesse sous le nez.

Cancer and you, berceuse au piano, renvoie au sublime The Colors and the kids signé Cat Power l’an passé, et l’album alterne ainsi entre morceaux pour instrument solo et compositions plus « arrangées ». Sur Adam, c’est une trompette qui apparaît, plus loin un sitar, puis un harmonium qui amène un peu de chaleur, mais peu importe le détail des morceaux car ces 45 minutes s’écoutent d’une traite. Et plusieurs fois.
Conquis par ce groupe arrivé sans prévenir, on tire pourtant la sonnette d’alarme : après cet album paru chez Glitterhouse, maison spécialisée dans la « new americana » (Walkabouts, Lou Ford, Chris & Carla), Dakota Suite est maintenant sans label ! Témoignez-leur votre soutien sur leur site officiel, ou mieux encore, parlez-en autour de vous, vous verrez que la joie de faire découvrir cette musique la rend encore plus belle.