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4
sur 5

Projet musical du vidéaste touche-à-tout Marc Nguyen, Colder a fait le buzz cet été, chez les nantis de la culture comme chez les héros de l’underground. Beauvallet aime bien, Christophe Degoutin aussi. On réécoute donc Again, qui porte posément son titre de concept-album postmoderne : rythmiques recyclées (Suicide, New Order), sens du contre-pied érudit (une basse dub, un click sur le kick), plaisir du beat (la caisse claire qui claque), froideur night-clubbing (nuclear bombs). Colder est froid et tranchant comme la hype, chaud et dansant comme un fauteuil-club de cuir. Un peu à l’image de son label d’accueil, Ouput, de Trevor Jackson (le premier à avoir remis la basse ESG a l’honneur, avec son projet Playgroup -Make it happen). Again est donc apocalyptique (Confusion) comme une B.O. de porno chic (Silicone sexy), décadent (les titres sont numérotés en chiffres romains) comme un rêve d’Eric Dahan (One night in Tokyo). Gonflé aux hormones 80’s (Joy Division, Cure, New Order, la No-Wave new-yorkaise) et modifié génétiquement par l’urbanisme contemporain, Again est une sorte de concept-album comme seul le XXIe siècle va pouvoir nous en offrir : après les très beaux disques de Zongamin, Joakim (et celui de K.I.M. à venir), Colder se ballade en ville, vers minuit, et explore le côté obscur, magique, de la psyché musicale populaire. Froid comme la mort, vivifiant comme le contact du métal. On ne se sent jamais aussi bien qu’après une bonne bouffée d’angoisse.

Dans le même sac à malice électronique, l’album de Mu, paru cet été chez Tigersushi (un label à l’identité des plus intrigantes), est une merveille de manipulation alchimique des sons et des rythmes. De toute évidence tendues vers une exploration chamanique des outils technologiques, les constructions rythmiques de Maurice Fulton sont d’une complexité de surface sur une simplicité de profondeur qui relève du pur tribalisme. Avec les vocaux acérés de sa compagne Mutsumi Kanamori, en anglais ou japonais, Mu est une sorte d’hybride dadaïste de Yoko Ono, de Can et de Squarepusher, avec un fond commun de musique latino-américaine déconstruite et de house ultra-pointue. L’utilisation des sentiments liés aux sons a ici quelque chose de spirituellement scientifique. Magique. On aurait aimé interviewer ce drôle de couple, et ça ne s’est pas fait. Mais on ne doute pas que Mu (comme K.I.M., Joakim, Zongamin déjà cités, ou Colder dans une moindre mesure) sont le futur. Tout simplement.