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4
sur 5

Le gimmick seul vaut déjà son pesant de cacahuètes : une bande d’énergumènes en tenue de chirurgiens (on raconte que parfois leurs blouses sont sanguinolentes) férus de pop des 60’s, s’attaquant, via le titre d’un de leurs morceaux, à l’un des organes vitaux de la presse britannique. Ce simple tour dans leur sac à malices aurait suffi aux Mancuniens de Clinic pour faire parler d’eux pendant une quinzaine de jours -la durée de vie d’une nouvelle tendance outre-Manche. Peut-être ont-ils souhaité devenir plus que « bozos de la semaine », peut-être n’ont-ils pas calculé vraiment leur coup et le génie leur est tombé dessus sans qu’ils s’en aperçoivent. Qu’importe, ce mystérieux combo mérite mieux qu’une polémique. Pour preuve : ils ont eu beau intituler un single IPC sub-editors dictate our youth (en gros, les rédacteurs d’IPC -groupe de presse propriétaire du NME, Melody Maker et quelques autres gros titres musicaux- sont des dictateurs pour notre belle jeunesse), ça ne les a pas empêchés de se retrouver « Single of the week » dans un des canards brocardés, ou de voir d’autres extraits de ce premier LP squatter les platines laser des mêmes. Qui, poussant le masochisme aux limites des bornes de l’extrême, l’ont relaté dans leurs colonnes.

Panache des journalistes ou talent des Clinic ? On penche pour la seconde option, tant ces neuf titres se laissent écouter, réécouter, et écouter encore avec le même bonheur. Surtout lorsqu’on adore le Velvet, dont les références directes abondent ici. DP emprunte les cordes des new-yorkais, IPC… leur saturation, Evil bill sonne comme une reprise lo-fi au synthé cheap d’un brouillon de Waiting for the man, etc., si bien que ce LP se transforme en jeu de société pour rockologues distingués. Qui s’amuseront à chercher d’où a été extrait ce riff, cette ligne de basse, etc. Les illettrés ès-Lou & Co. se rattraperont en citant d’autres influences : le néo-psychédélisme à la Dandy Warhols du brillant Monkey on your back ou les accents dub feignants et indianisants de Kimberley que Cornershop aurait pu composer. Et l’on ne citera qu’en passant l’emprunt du riff de The pusher (merci Steppenwolf) qui orne l’instrumental final. Le plus fort, cependant, reste l’habileté de Clinic à tisser ce patchwork de façon à ce que le résultat soit plus que la somme de ses parties, c’est-à-dire franchement original et personnel, grâce, entre autres, à un son bricolé, limite garage, et cru ce qu’il faut. A les entendre charcuter les sonorités, on comprend maintenant que les blouses n’avaient rien d’un gadget.