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4
sur 5

Au rythme d’un album tous les deux ans et demi, il vaut mieux ne pas compter sur les Cibo Matto pour remplir son range-CD à la capacité de 200 rondelles… Introduisant là le surprenant concept de Japonaises feignasses, le duo s’offre en effet le luxe de signer son deuxième album depuis sa formation en 1994. Entre-temps, elles ont cependant sorti un EP, tourné à travers le vaste monde, fondé un groupe parallèle (Butter 08, dont le batteur n’est autre qu’un certain Russell Simins), prêté leurs talents à quelques collègues (dont les Beastie Boys, patrons de Grand Royal, label signataire de Butter -le monde est vraiment tout petit…) et même achevé quelques vampires télégéniques aux côté de Buffy, dans la série éponyme. Profitant de quelques instants de liberté, Yuka Honda produisait l’album de son petit ami Sean Lennon et l’accompagnait même en tournée… On finit par se demander quand Yuka et sa partenaire Miho Hatori ont trouvé le temps de coucher sur laser ces treize titres tout neufs. Est-ce dû à un renouveau dans les rangs, depuis que Sean et Timo Ellis se sont joints aux deux filles ? Ou au grand nombre d’invités qui jouent des coudes ici (en vrac, un Soul Coughing, une Buffalo Daughter, Marc Ribot, une paire de Medeski, etc.) ?

En tout cas, ce Stereotype A sonne exactement comme l’inverse de son titre. Chaque morceau, même le plus convenu, réserve une surprise à l’auditeur. Et, pour rendre cet album ré-écoutable à l’infini, les Cibo Matto alternent les styles, sans jamais manquer d’y laisser leur empreinte -une charmante trace d’accent qui confère aux paroles un côté vaguement haché et robotique parfois, des bips et autres bidouilles de synthés à tous les coins de refrains. Ainsi, l’indus côtoie le rap (Sci-Fi wasabi), la pop synthétique est prise en sandwich entre une bossa nova (Flowers, sans doute né de l’obsession de Miho pour les rythmes brésiliens) et une ballade mielleuse 70’s à guitare espagnole (Moonchild aussi kitsch et incongru que charmant), les cuivres cohabitent avec les scratches et les vocaux passent de la polyphonie futuriste aux saccades et hoquets du hip hop. Ceux qui ne trouveront pas leur bonheur au milieu de ce formidable assortiment souffrent probablement de surdité partielle…