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4
sur 5

Après un premier album homonyme et des crapahutages aux quatre coins du globe, les trois énergumènes de Cheveu se sont taillés une solide réputation de Pieds Nickelés du cowpunk, qui semblaient mettre d’accord (presque) tout le monde – des tenants du garage pur souche aux partisans de l’avant-crade en passant par la French Touch 2.0. Leur antienne tenait alors en deux mots : foutre le feu aux caves et voir du paysage, lointain de préférence. Le volubile JB Wizz, grand vizir du label Born Bad, ne tarissait pas d’éloges sur ses poulains, laissant entendre que leur second album serait « his-to-rique ».

C’est donc avec une certaine fébrilité que nous accueillions cette étincelante pochette-surprise parée de « Mille » feux d’étiquettes d’agrumes. La surprise en question – et elle est de taille -, c’est l’accompagnement d’un orchestre de violons klezmer enregistré en Israël. Retour aux sources symbolique ou déconnade ambitieuse ? Peu importe, le résultat s’avère enthousiasmant. L’album démarre sur les chapeaux de roue avec la jovialité psychotronique de Quattro Staggioni (dont la vidéo est un avant-goût du film Robert Mitchum est mort, qui sort en salles prochainement) et embraye sur des paysages de road-movie cahoteux, où les cailloux viennent crisser sur les jantes. Si l’album est mieux produit et sent moins le graillon low-fi, l’inspiration est toujours aussi décalée : les roucoulades de violons orientaux s’accordent à merveille aux riffs blues-punk et à la mécanique froide de la boîte-à-rythmes (mention spéciale à No Birds et Bonne Nuit Chéri, qui vient clore l’album sur une touche morriconienne). Quant aux braiements schizoïdes de David Lemoine, à deux doigts du regretté Beefheart (sur l’entêtant Ice ice baby) ou se risquant au hip-hop coldwave (Sensual drug Abuse), ils couronnent l’ensemble avec une désinvolture qui confine au génie.

Du Far West au kibboutz, Cheveu trace une route inédite sur une scène rock française encore bardée de conventions et de fils barbelés. Sans kippa ni Stetson, mais avec un entonnoir vissé sur le crâne. Parions qu’après une telle réussite, personne n’ira leur chercher des poux.