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4
sur 5

Avec Breakbeat Era, on entre résolument dans un nouveau monde electro (drum’n’bass en l’occurrence). De nouvelles références, de nouvelles influences font place aux classiques electro et funk auxquels nous avaient habitués les tenants d’un beat rude et pur mais, du coup, peu enclin à la variété et à l’avènement d’un style vraiment personnel.
Si style personnel il y a ici, c’est que, autour du maître Roni Size (qui nous a gratifié de merveilles depuis 1992) se placent deux électrons libres qui ont déjà fait leurs preuves ailleurs. DJ Die officie en tant que co-compositeur. Il était déjà le partenaire de Size au sein du collectif Reprazent qui avait publié le sublime New forms en 1997. Leonie Laws (prononcez « Lennie »), quant à elle, avait participé à de nombreux projets comme auteur et interprète de ses propres textes.
Sur Ultra-obscene, ces trois-là réunis font d’époustouflantes merveilles. Parce qu’on aime le jazz auquel ils se réfèrent (le bop et sa walking bass quelquefois slappée -cf. le séminal single Breakbeat era paru en 1998 sur la compilation Full cycle music box), parce qu’on aime aussi la musique concrète qu’ils semblent bien connaître et apprécier, on est ravi d’entendre (enfin) ce mélange si raffiné de rythmes sans concession, lourds et puissants, rapides mais précis, mariés (pour d’excellentes raisons et de bons effets) aux tournoiements electro (acoustiques) –Ultra-Obscene le single- à la Pierre Henry, Bernard Parmeggiani (les glissandi de Time 4 breaks) ou, plus proche d’eux, John Cage.

Mais surtout, ce qui fait merveille sur cet album finalement très bristolien, c’est justement LA voix : celle de Leonie Laws. Bristolienne au point de nous renvoyer au premier album (Dummy) de Portishead, Leonie est doté d’une voix d’une pureté rarement entendue depuis Beth Gibbons. Celle-ci plane à des lieux au-dessus des rythmiques hypnotiques du duo Size/Die. Autant leur musique est lourde et profonde, précise et détachée, autant la voix de Leonie est subtile et mélodieuse, pure et (déjà) classique. Elle parvient avec une facilité déconcertante à poser des mélodies amples et alambiquées, mais imparables, qui nous font coller l’oreille plus près de la source chaude qui diffuse ses mots (l’enceinte acoustique quoi !). Ce qui est bien rare de nos jours…