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Dans la foulée du cinquième volume de sa série « The Art of the trio », lauréat légitime de tout ce que la presse nationale et étrangère peut offrir de trophées et couronnes, Brad Mehldau lance donc dans les bacs la bande originale composée pour le récent long-métrage d’Yvan Attal, Ma femme est une actrice (casting : Attal, Charlotte Gainsbourg, Terence Stamp). Inconditionnel du pianiste, le réalisateur confie avoir eu la musique de Mehldau en tête au moment du tournage, allant jusqu’à la passer aux techniciens pour « leur préciser l’humeur et la tonalité de certaines scènes ». Pressé par quelques membres de l’équipe de contacter directement l’artiste, il se retrouve d’abord à la Poste (afin de faire parvenir à ce dernier une vidéo du film) puis, à deux reprises, dans la banlieue new-yorkaise où il le rencontre et, enfin, assiste à l’enregistrement. « La première fois que j’ai vu le film sans musique, je l’ai trouvé désopilant – très drôle et vraiment intelligent. Le challenge pour moi était de concevoir de la musique spécialement pour une comédie », explique le pianiste, qui signe donc treize thèmes captés dans différents contextes, du solo au trio (Jorge Rossy (dm) et Larry Grenadier (b) sont, bien entendu, fidèles au poste), quartet (Sam Yahel au BIII) et même quatuor à cordes. On parlera ainsi d’une musique à l’ironie douce-amère, tout à la fois ludique et mélancolique, sans parvenir à cacher très longtemps le peu d’intérêt de cette bande originale exquisément quelconque, divertissante récréation d’un Mehldau que l’amateur préférera sans doute écouter dans d’autres contextes. Ses aimables dentelles voisinent ici avec quelques plages de bon goût (Ella Fitzgerald, Eddie Harris, The Clash, Day One…) qui feront de cette galette sympathique un agent d’ambiance idéal pour cocktail pétillant sans être sérieux. Les fanatiques -ils sont nombreux- s’y laisseront prendre de bonne grâce : un disque pour mémoire, en quelque sorte, prioritairement destiné aux colonnes de CD en ébène des appartements bourgeois bohèmes.