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4
sur 5

En ces temps de crise exacerbée des frontières, Koreni (racines), nouveau CD du pianiste serbe Bojan Zulfikarpasic, apparaît comme une expression de plus du communautarisme, mais miraculeuse de fécondité. Balkans donc, mais aussi Algérie, France, Macédoine, Turquie et Madagascar se partagent le sommaire de cette charte trop marginale de bon sens et de générosité, qui ne promeut rien d’autre que la retrouvaille. La Petite gitane, titre introductif de l’album, synthétise assez bien ce propos général d’œcuménisme festif : archer farouche (Vojin Draskoci), farandole étourdissante du sax (Julien Lourau), interjections en tout genre, ney transcendantal (Kudsi Erguner), rythmique frénétique (Tony Rabeson, Karim Ziad), piano groovy, épanoui, et guitare torturée jusqu’au paroxysme (Vlatko Stefanovski)…

Au fil des plages, ZulfiKarpasic se révèle comme l’intermédiaire incontesté entre les parties : soit qu’il délivre l’obstination tribale du ton par d’amples escalades réconcialiatrices (Cecen kizi), soit qu’il instille le folklore avec attendrissement et humour (CD-Rom, Gradino kolo), il reste un maître à bord, débonnaire et de bonne humeur, toujours attentif au grain.
Si l’ensemble, si significatif et convaincant soit-il, n’en demeure pas moins de la musique, c’est-à-dire un argument de portée à la fois dérisoire et ultime, l’émotion et l’espoir qu’un homme de bonne volonté peut en retirer valent bien toutes les vaines diplomaties du monde.