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3
sur 5

Vous me direz que c’est une musique de trentenaire pas encore sorti de ses fantasmes d’adolescent. Oui, et alors ? Souvenez-vous seulement, il y a environ vingt ans. Comme avec les Beatles et les Stones, il y avait le choix de l’époque : qui, entre la brune allemande Nina Hagen et la (fausse) blonde américaine Debby Harry nous tirerait le plus de rêveries et de pollutions nocturnes. Cela se jouait entre les rauques râles de l’interprète d’African reggae et la juvénile voix haut perchée (cf. Happy dog) quelquefois fausse de la new-yorkaise à tubes, entre les gants Mappa et le micro phallique de la Berlinoise (se rappelle qui pourra) et les jupettes (pas celles d’Alain rassurez-vous) ou tenue léopardisante de celle qui nous occupe aujourd’hui.
Qui nous occupe bien d’ailleurs, parce de l’intérêt pour elle, nous en avons encore. Après la présentation de ces nouveaux titres au Bataclan de Paris en novembre dernier dans le cadre du festival des Inrockuptibles, nous attendions cet événement de nouvel album. Autour de Debby, la formation originelle de Blondie fait des merveilles. Ils ont subi une cure de jouvence ces quinquas, c’est pas possible autrement !

Une telle fraîcheur sur Maria, Nothing is real but the girl (assurément un des titres phares), une sensualité si féline -enfin retrouvée- sur Boom boom in a zoom zoom room (car la carrière solo de la belle ne nous avait pas convaincus avec ses fouets et clous !) n’est peut-être pas naturelle.
Le duo créatif -Debby aux textes, Chris Stein aux compositions- a laissé la place au clavier Jimmy Destri, ainsi qu’à de nouveaux participants dont le (talentueux ?) rappeur Coolio sur un improbable No exit semi rappé et moderniste. Cela n’empêche pas le groupe d’être toujours en phase avec les sixties, le trad cow boy (The dream is lost on me), le rock steady (Screaming Skin en ouverture), la ligne claire des guitares de Stein (Under the gun) et ce qui nous a toujours le plus plu avec la voix de Debby : les roulements de caisse claire de l’excellent Clem Burke perdu de vue depuis Eurythmics.