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4
sur 5

Homogenic et même homogène, si l’on excepte quelques incursions dans le domaine techno qui semble être le défouloir -de luxe, jetez donc une oreille attentive sur Pluto, petit chef-d’oeuvre d’esprit très cut up– de la demoiselle. Le nouveau Björk emprunte plus franchement la voie montrée dans quelques compositions antérieures vers un plus grand dépouillement, des orchestrations travaillées à l’extrême sans pour autant être lourdes. Finalement, la part du lion est réservée à la voix, argument autrefois essentiel devenu aujourd’hui instrument majeur. Sur le premier single extrait de l’album, Joga, sur All is full of love, tout empreint de retenue, comme taillé dans un superbe nuage, les cordes vocales de l’islandaise s’en donnent à cœur joie, surprises et heureuses de profiter de ces espaces de liberté non comptés.

Bien sûr, la mélancolie, quand ce n’est pas l’angoisse, pointent le bout du nez : la rythmique plombée de 5 years, pourtant laissée à l’arrière plan, la fausse insouciance de Bachelorette qui, sous ses dehors de Marche des petits robots au paradis, paradis qui n’est peut-être que purgatoire, laissent filtrer des signes avant-coureurs de lendemains qui ne chantent pas forcément à tue-tête. Alors en attendant, elle ne se prive pas de donner de la voix la diablesse nordique, jusqu’aux limites de l’excès parfois, mais en ayant le bon goût de rester à chaque fois du bon côté de la barrière.
Il faut dire que les orchestrations somptueuses, riches en instruments -oui, chez Björk, on ne croise pas que de subtils violons, des surprises comme quelques mesures d’accordéon se font une petite niche au creux des mélodies- mais dans l’ensemble irréprochables de contrôle et de tenue servent à merveille son organe indomptable, et lui forment des écrins précieux. L’aérien Hunter à la majesté apparente mais non grandiloquente, viennent en poser dans nos oreilles l‘évidente preuve.

Quel défaut, alors, trouver à ce disque ? Son homogénéité, et ce n’est pas peu dire que nous l’aurons vraiment cherché, celui-là. Oui, par la maîtrise sans faille apportée à cet Homogenic, il se pourrait bien que l’imprévu, l’échappée belle ne soient plus tout à fait au rendez-vous. Avouez quand même que nous sommes rosses !