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2
sur 5

A l’entendre chanter, on soupçonne que Beth Orton est une fille attachante, pleine de charme, entourée d’amis. Dont les plus connus ne rechignent pas à lui donner un petit coup de main lorsqu’elle entre en studio pour y mettre en boîte un album. Ainsi, sur Central reservation, se bousculent Ben Harper et sa guitare, Dr John venu pianoter le temps d’une plage, Ben Watt, moitié masculine d’Everything But The Girl, et Dr Robert en rupture de Blow Monkeys. Avec tout ce beau et hétéroclite petit monde, il y avait de quoi créer un digne successeur à Trailer park, premier travail solo de Miss Orton, acclamé par la critique en 1996. Manque de chance ou manque d’audace, la sauce refuse de prendre sur ce Central reservation sans grand relief. Son prédécesseur avait créé la surprise en offrant aux oreilles un mélange inédit de trip-hop planant et de bon vieux folk. Le nouveau venu se contente de sonner traditionnellement folk, et de loucher du côté de Joni Mitchell et autres prêtresses du genre, à croire que Beth a voulu (faire) oublier ses collaborations avec Primal Scream et les Chemical Brothers, ou ses débuts dans Spill auprès de William Orbit.

Cependant, il y a du bon, voire de l’inspiré ici, la demoiselle n’ayant quand même pas totalement vendu son âme au diable en échange d’une possible place au sein de l’équipe de la prochaine Lilith Fair. Stolen car, par exemple, allèche l’auditeur grâce à une irréprochable mélodie sur laquelle on reconnaît le doigté léger de Ben Harper, parfaite contrepoids à la voix chaude de Beth Orton. Si le morceau-titre de l’album n’attire pas particulièrement l’attention lors d’une première écoute, il devient franchement excitant une fois remixé. Enfin, dans la catégorie « réussite », on notera le séduisant Sweetest decline, sur lequel Dr John s’en vient titiller le piano, accompagné d’un groupe de violoneux, le tout donnant un résultat classieux et un brin nostalgique. Et puis, le disque s’enlise petit à petit dans ce qui aurait dû être sa force : des arrangements soignés, la voix parfois tremblante, parfois puissante de Beth, une ambiance triste qui prend à la gorge. A force de complexités musicales, les morceaux se ressemblent tous un peu, se noient dans leur propre beauté un rien convenue et ne savent plus quelle direction prendre. Celle du folk, style plutôt propice au dépouillement et à la simplicité ? Ou celle du trip-hop, là où violons et claviers de piano-bar risquent de jurer ? Difficile parfois de renier ses origines.