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4
sur 5

Il est des disques dont l’histoire secrète révèle l’immense talent de leur auteur. The Sssound of Mmmusic en fait partie. Le titre de l’album, et plus encore son contenu musical, semblait annoncer une ambition nette, celle de créer une œuvre d’envergure. Pourtant, Burgalat nous a révélé que cet album fut réalisé sans budget, quand son travail de producteur musical lui en laissait le temps, c’est-à-dire peu. L’image du producteur démiurge, spectorien, enfermé dans son studio pendant des mois pour enregistrer une partition de cordes s’évanouissait. Burgalat est simplement doué. L’album était quasiment prêt depuis cinq ans, seulement personne n’en voulait.

Burgalat chante. Il chante mal, comme Robert Wyatt à ses débuts avec Soft Machine, mais son chant est beau, pur, comme une musique intérieure précieuse et fragile. Les textes de Katerine (Ma rencontre) et de Pascal Mounet (Chaque jour, Le Pays imaginaire) renvoient encore aux Soft Machine, à la poésie intimiste et pataphysicienne de Kevin Ayers, doux rêveur insolent. La fascination de Burgalat pour les slows gainsbourguiens (Je t’aime moi non plus) a trouvé en Houellebecq un parolier virtuose capable de dépasser le maître. Gris métal, transcende le genre. Cette chanson est une ode à l’érotisme cannibale et névrotique de Bataille ou de Baudelaire, un chant à l’union sacrée d’Eros et de Thanatos : « Calme-toi un peu mon amour. Je te lécherai les muqueuses (…) j’aime ton goût un peu salé, j’en ai besoin deux fois par jour. (…). Regarde c’est la mort mon amour. Notre chair vit sur nos squelettes, comme un violon désaccordé. » Sublime.

L’album est précieux, jamais pompier. Il est à l’image de ces dandys flamboyants, aux talents innés, qui font des œuvres comme ils vivent, sans concessions, naturellement et sans faillir à l’idéal qui les anime. Burgalat est un dandy, ivre de mélancolie. Aux Cyclades électroniques et Nonza sont des invitations à se perdre dans d’immenses paysages solitaires, à l’image des peintures romantiques de Caspar Friedrich. La finesse de Bertrand Burgalat dépasse largement la hype parisienne.