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4
sur 5

Shane « Sans Nipple » Aspegren vient de Lincoln, Nebraska, et a joué dans Lullaby For The Working Class, Songs : Ohia, ou TV City. Lori « Berg » Sean Berg a longtemps été le batteur du groupe parisien Purr, avant d’intégrer le groupe de Nicolas Laureau, aka Don Nino. Il y a retrouvé Shane Aspegren à la batterie, et après quelques mois de tournées et de banquette de camion partagées, ces deux-là ont décidé de faire de la musique ensemble, dont voici la première trace discographique. Réunis autour d’une petite collection de synthétiseurs, pédales d’effets, percussions diverses et une merveille de batterie de 1922, ils ont composé et enregistré ces cinq titres instrumentaux. Cinq pièces atmosphériques, entre post-rock rêveur et electronica au Casio, aux tonalités plutôt sombres, mais éveillant la curiosité au fur et à mesure de subtils jeux structurels.

Theme for Marie-Madeleine offre une mélodie lancinante de piano-jouets, carillons tintinnabulants, petits drones aigus, qui s’en viennent, montent doucement dans l’air et s’évaporent enfin sans un mot. Entre une mélodie enfantine de Yann Tiersen et le formalisme répétitif de Steve Reich. Sub-urban tranparences se décline en trois parties distinctes, liées par une tonalité de base, progressant lentement de l’abstrait vers le plus complexe : la première partie, jouée en notes claires de Wurlitzer sur une boucle lointaine, est planante comme une maison de Philipp Glass hantée par Sun Ra. La deuxième apporte des textures concrètes de provenances inconnues (respirations, bruits de mouvements subaquatiques, grincements de chaises en stéréo ?) sur lesquelles se posent des boucles de piano, par intermittence. Entre la proximité des sons naturels et la sensation d’espace provoquée par la réverbération du piano, une rythmique synthétique cheap vient clarifier le propos, en même temps qu’une ligne de basse. On entre en terrain plus connu, un paysage à la Hood, paupériste. La troisième partie accentue l’aspect musical de la trilogie, avec l’arrivée d’une vraie batterie, et de nombreuses variations mélodiques. Les trois mouvements dessinent la progressive incarnation d’un dessin musical, évoluant de l’indistinct vers une certaine forme de lyrisme.

La Lumière et l’enregistrement, enfin, sur une mélodie minimaliste d’instruments travaillés, voit Dominique A chanter d’une voix fluctuante et assez inhabituelle, des textes à sa manière : « Vois comme je suis / je fais tout pour être celui / qu’on n’oublie pas », avant un final plus enlevé, l’apport d’une rythmique un peu saturée, un mélange de grains prononcé qui clôt ce disque en beauté.

Berg Sans Nipple sont évidemment doués pour marier la musicalité des textures à la disparité des phrases musicales. Leur musique travaille tant la forme que le fond, l’un et l’autre se soutenant mutuellement pour donner à chaque instant qui s’écoule un peu plus de goût que le précédent. Cette musique s’écoute comme le bruit d’un sablier.