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4
sur 5

En cette période où les divers courants électroniques se développent à une vitesse ahurissante, n’importe quel jeune bidouilleur, équipé d’un minimum de matériel, peut instaurer ses propres règles par un travail un tant soit peu novateur. De l’industriel à l’ambiant en passant par toutes les variantes classées entre ces deux extrêmes, les genres sont en perpétuelle évolution. Seulement les limites de cette effervescence sonore commencent déjà à apparaître ; On observe du coup à la fois une production intensive d’artistes qui se contentent de faire dans le déjà vu (volontairement ou non) et le résultat douteux de nombreux expérimentateurs qui considérent l’innovation comme un but ultime, au point d’oublier toute démarche artistique digne de ce nom… Au milieu de tout ça, quelques petits malins optent pour un véritable retour aux sources. Ils effectuent une revisitée des origines à leur manière, avec la conscience que cette bonne vieille démarche permet aussi de faire avancer les choses.

Dès la première écoute du premier album de ce jeune duo anglais, la référence absolue se fait instantanément sentir. Bell puise la plus grande partie de son inspiration dans ce monument de l’histoire musicale qu’est Kraftwerk. Seulement, au-delà des références abondantes et des sonorités, la puissance du groupe ne réside pas uniquement dans de simples émanations nostalgiques (qui à elles seules rendraient sûrement l’album fade et soporifique). Non, nous avons ici affaire à deux jeunes bricoleurs vraiment rusés, qui réinventent un esprit musical préhistorique en lui imposant de nouvelles lois. Par des montées hasardeuses, timides presque ; des arrangements inattendus -qui vont du glissement subtil à la coupure brutale- ; plusieurs modulations, très légères, renversant l’espace sonore une fois perçues ; Bell nous dévoile progressivement sa forte personnalité à chaque écoute de cet album. Par ailleurs, la puissance du groupe réside aussi dans le refus total de modulation de filtres sur les boucles utilisées. Même sur les boucles les plus longues, ces deux Anglais prennent le risque de ne pas succomber à la tentation du « son qui tourne dans tous les sens pour paraître moins chiant ». Ici, le principe essentiel de la musique répétitive est vraiment assumé jusqu’au bout ! Et l’utilisation des effets est loin d’être le cache-misère d’une composition superficielle, comme c’est trop souvent le cas s’agissant des groupes de techno actuels. A l’écoute de New world order ou Disco Belle, on redécouvre avec bonheur l’essence même du minimalisme, grâce à des sons invariables mais qui se perçoivent différemment à chaque étape du morceau.

Paradoxalement, on pourrait peut-être reprocher à Bell de ne pas avoir davantage poussé le concept, en produisant des morceaux un peu plus longs (la durée moyenne des plages est de 5 minutes). Certains passages de l’album y auraient peut-être gagné en intensité. Un avis complètement subjectif, et qui n’enlève absolument rien aux mérites de cet album absolument génial.