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3
sur 5

Le solo est, depuis plus d’une trentaine d’années, l’une des dimensions du travail du contrebassiste Barre Phillips : c’est en 1968, peu après avoir décidé de s’établir définitivement en Europe, qu’il entrait en effet en studio à Londres pour enregistrer Basse Barre, son premier disque en solitaire. Difficile, toutefois, de réduire un album comme ce Journal Violone 9 au simple jalon partiel d’une œuvre versatile et foisonnante, marquée par des rencontres majeures (Ornette Coleman au début des années soixante, Paul Bley, Bill Dixon, Archie Shepp, Jimmy Giuffre puis, après sa traversée de l’Atlantique, Evan Parker, Chris McGregor ou encore, bien sûr, John Surman et Stu Martin avec lesquels il fonde  » The Trio  » en octobre 1969) : chacun s’offre et se laisse appréhender comme une expérience unique et entière, qu’on ne replace dans un contexte chronologique ou phonographique que pour la commodité d’une invitation toujours imparfaite à l’écoute. Ces huit pièces, dédiées à Robert Kramer, ouvrent à l’univers étrangement clos d’un instrument envisagé d’un regard résolument libre ou libertaire, dans lequel la perfection d’une formation classique est altérée au profit de l’audace d’une exploration jamais achevée de ses ressources sonores. Cordes et bois, caressés, frappés, frottés et polis, se plient ici au désir de recherche et de spontanéité d’un musicien qu’on reste libre de suivre ou non dans sa lente lutte avec un instrument qu’il nous fait entendre dans toute sa brutalité (très peu de réverbération, ce qui pourra étonner), sans chercher à en embellir ou falsifier la sonorité. Cascades de notes pincées, longs développements à l’archet, incursion dans les hauteurs où le son de la contrebasse se rapproche de celui du violoncelle, jeux de percussions et de frottements, portamento et infimes désaccordages sont quelques uns des fragments de ce disque où l’on se laissera tomber comme dans un puits sans fond, sans chercher à reprendre pied sur quelque plateforme moins inédite.