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2
sur 5

Que dire de Community music sinon qu’on est bien là en présence du nouvel album d’Asian Dub Foundation ? On peut toujours avancer que la formule développée depuis plus de cinq ans par le groupe anglais prend de l’ampleur, devient de plus en plus professionnelle. Mais, c’est là que le bât blesse : Community music est une autre preuve de l’incapacité du groupe à évoluer dans le concept qu’il a inventé. Ainsi, on retrouve l’extrême densité des compositions, sorte de flot rythmique au déferlement incontrôlable, qui court d’un morceau à l’autre, presque sans distinction. Mais la roublardise a remplacé la fraîcheur, ADF est devenu sa propre référence. Les 70 minutes de Community music réservent peu de surprises, elles semblent plus être un prolongement de R.A.F.I. qu’un véritable nouvel album. On retrouve donc l’énergie qui a fait la renommée du groupe, que ce soit en live ou en studio, sur des titres comme Real great Britain ou Rebel warrior, mais il y manque une certaine spontanéité, le groupe semblant s’acquitter de son propre style. L’impressionnante efficacité des précédents opus est désormais le talon d’Achille d’une formation qui se repose sur ses lauriers. La patte ADF se décline de toutes les manières possibles, dans de longs et indigestes instrumentaux (le lourdingue Scaling new heights), qui semblent être présents pour allonger un album sans inspiration.

ADF a trouvé son rythme de croisière dans un certain professionnalisme tranquille. A tel point que même leur discours engagé passe complètement inaperçu, là où une vraie haine de la discrimination émanait d’un Free Satpal Ram, il y a à peine deux ans. Le groupe colle à son image jusqu’à la caricature, les morceaux sont tous agencés suivant une même structure de calme avant la tempête, les samples semblent tous venir du même endroit…
Pourtant, dans l’absolu, Community music n’est pas un mauvais album. Il perpétue efficacement l’oeuvre d’ADF, l’un des rares groupes actuels à pouvoir réunir autant d’influences disparates, qui vont de l’ambiant à la musique indienne, en passant par le reggae. Là où l’on peut en vouloir au groupe, c’est de ne pas avoir pris le risque de remettre en question un système sans failles, d’être resté ce groupe-étalon de la fusion anglaise, qui, certes, prouve une fois de plus sa maîtrise du genre. Reste à espérer que Community music ne soit qu’un ralentissement dans la carrière honorable de ce groupe attachant.