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Tradition savante, née d’une rencontre à géométrie variable entre les cultures byzantine, ottomane, perse et arabe, le mugham transporte les émotions du pays azéri depuis des siècles et des siècles. On le rapproche du maqam oriental, des raga indiano-pakistanais également. Quasimov lui-même ne cache pas son admiration pour Nusrat Fateh Ali Khan, à qui il rend hommage sur un merveilleux titre (Ey encalar) et dont le génie l’a amené à repousser plus loin encore, les limites de son propre jeu vocal : « Il m’a ouvert des portes, dit-il. Après l’avoir vu, j’ai été beaucoup plus libre dans mon interprétation du mugham. » Formé au conservatoire national d’Azerbaïdjan (Musiki Mektebi), Quasimov a d’abord défendu une pratique strictement codifiée sur un plan académique et séculaire. Avant de laisser sa voix, tel un équilibriste, voyager de registre en registre (fausset / pianissimo / forte), selon son inspiration du moment, sans tenir compte des canevas classiques. Les traditions sont faites pour être enrichies, et non pour être figées par le temps. Il y a certes un plaisir indiscutable dans l’interprétation d’un titre de mugham « à la façon de ». Mais ce plaisir est décuplé, lorsque le talent permet de multiplier les espaces de créativité et de faire ainsi évoluer le genre. C’est toute la grandeur d’un Quasimov.

« Cette façon de voir ne nous a pourtant pas, au début, facilité la tâche et il nous était très difficile d’être reconnu par le public. Ce rajeunissement entraînait automatiquement un changement de contenu du mugham traditionnel. C’était comme une sorte de révolution. Avec mon corps de jeune homme et mes sentiments pour la vie, mon envie de chanter et le désir juvénile de casser les vieilles traditions, se développa une toute nouvelle dynamique dans la forme et le contenu du mugham. Le monde dans lequel nous vivons change tous les jours, la musique doit redonner l’émotion de cette expression de vie. Je forme un tout avec ma musique. Le public ressent instinctivement l’unité de la perception personnelle du monde et de l’expression musicale », raconte Quasimov pour montrer le chemin parcouru entre l’enseignement reçu hier et les audaces du maître aujourd’hui. Sur cet enregistrement, Ferghana, sa fille, contribue à deux titres. Tel père, telle fille ? Bon sang ne saurait mentir ? En tout cas, Love’s deep ocean respire l’excellence dans l’ensemble.