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4
sur 5

Le dernier opus d’un griot au conservatisme inhabituel. Musicien et poète casté, généalogiste échevelé et médiateur désigné dans les conflits, consacré maître de la parole et gardien de la tradition, le griot assumait jusqu’à nos jours à lui seul tout un pan de l’histoire ouest-africaine. Le mercantilisme triomphant dans une musique qui sied plus à l’univers complexe de l’oralité a vite fait cependant de changer les termes d’une fonction sociale qui se transmettait de père en fils. Ne naissait pas griot qui voulait… Aujourd’hui, on dirait que si ! La kora, le ngoni, le balafon, la voix et on s’y croit ! Nombre d’artistes revendiquent actuellement cette image griotique comme un symbole d’authenticité, sans l’être réellement. Ce qui finit par irriter les vrais griots, ceux qui sentent la menace de l’écrit et du virtuel peser sur eux à l’entrée du 21e siècle. Car ce chamboulement des legs à un moment où l’art du griot se doit de prendre le pari d’une évolution futuriste sous peine de disparition… ébranle les repères. Les griots sans doute souhaitent survivre à ce siècle. Mais comment ? C’est la réflexion qu’entame en tous cas l’un des leurs à travers ce bel album. Initié dès huit ans au chant par sa mère, Assitan Dembelé, une des plus grandes « cantatrices » du genre chez les bambaras, à la musique et à la composition des textes par son père, Baba Diabaté, chef traditionnel des griots Diabaté de ségou, Abdoulaye Diabaté est né en 52. Il a eu la chance d’aller à l’école, coranique et française, parallèlement à son apprentissage de l’art griotique. Le monde des griots étant menacé, il aurait pu devenir un bon entrepreneur avec son diplôme de comptabilité en main. Il a préféré s’engager dans la défense de ce que lui a transmis son père, en contribuant au renouvellement du genre dans le respect de la tradition. Il est doté pour cela d’un formidable instrument : sa voix. Impressionnant !