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4
sur 5

Un enregistrement live le 13 juillet 2001 à Berlin avec Belden Bullock (basse) et Sipho Kuene (batterie) et, sans doute, un incontournable de plus à ajouter à l’abondante discographie du pianiste (saxophoniste, violoncelliste, flûtiste, chanteur…) sud-africain : African magic, en 24 courtes pièces (de quelques secondes à six minutes), donne une manière d’autoportrait musical autour d’un Blue Bolero obsédant qui revient à quatre reprises tout au long du disque avant d’être interprété dans son intégralité en conclusion. Grandi en plein Apartheid, Dollar Brand (il ne prendra son nom musulman à la fin des années soixante) commence comme chanteur avant d’enregistrer ses premiers disques (il fut, avec les Jazz Epistles, le premier artiste noir à le faire) au début des années soixante et de quitter l’Afrique du Sud pour l’Europe. Il joue à Zurich, y retrouvant sa future épouse (la chanteuse Satima Bea Benjamin) et y rencontrant Duke Ellington, lequel lui file un coup de main utile (il lui fait enregistrer l’album Duke Ellington presents the Dollar Brand trio à Paris) et le pousse à se produire dans des festivals américains. Brand décolle pour New York, enregistre avec Elvin Jones (1966), fréquente Coltrane, Don Cherry, Sonny Murray et se voit confier le piano par Ellington lors d’une tournée sur la côte Est. La décennie suivante le verra aller et venir sur trois continents (Europe, Afrique, Amérique), se convertir à l’Islam, tenter d’oeuvrer dans son pays natal (il ouvre une école de musique au Swaziland, organise un festival de jazz sud-africain, voit bien évidemment le pouvoir lui tomber dessus et doit quitter le pays).

Parfaite maîtrise du vocabulaire jazz (dans la plus pure tradition ellingtonienne puis monkienne), complexité rythmique et puissance tout droit issues de racines africaines : les deux pôles de la personnalité de l’immense Ibrahim se retrouvent dans cet African magic où alternent partitions de différentes époques (le superbe The Stride pour les sixties, Blues for a hip king pour la décennie suivante) et hommages au Duke (In a sentimental mood, Solitude). Malgré l’intimité qu’implique le trio et la totale sobriété du jeu des trois musiciens, on sent dès les premières notes l’ampleur sous-jacente d’un jeu qui, quelle que soit sa réserve, sait prendre des dimensions presque orchestrales par moments ; lyrisme du chant, puissance de l’élément ryhtmique, densité de l’interprétation font le prix de cet album que l’on aurait toutefois aimé parfois plus explicite.