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4
sur 5

Après les très beaux albums de Asa Chang & Jun Ray ou Colleen, le label anglais Leaf sort une nouvelle pépite « ambient » de son sac (avec plusieurs guillemets de rigueur, cet « ambient » là n’étant en rien décoratif ou propice au lounge bobo-ravers), avec ce bucolique premier album de Jeremy Barnes, ancien batteur de Bablicon, The Gerbils, Neutral Milk Hotel et actuel batteur de Broadcast, qui officie en solo sous le pseudo de A Hawk And A Hacksaw. L’album nous avait été chaudement recommandé en interview par les filles d’Electrelane, bien avant sa sortie française (la guitariste du groupe de Brighton, Mia Clarke, a même fourni un article au sujet du jeune homme à un plus si récent numéro de Wire). A l’écoute, on reconnaît évidemment les affinités entre ces deux projets : l’usage intensif et poétique, tempéré ou intempestif, des touches percussives, noires et blanches, d’un bon vieux piano, couplé à une sensibilité rythmique originale, usant de la répétitivité comme d’un procédé primitif et chamane.

L’album, enregistré dans une ferme française près de Saumur, restitue l’atmosphère pastorale (un chant de coq ouvre l’album) et un brin franchouillarde (accordéons immodérés) du lieu qui l’a vu naître, évoquant les plumes Comelade autant que le plomb Tiersen : valses échevelées, piano à quatre mains et en stéréo, pet sounds, reverbs naturelles, petits bruits partout, dans un joyeux bazar rappelant aussi parfois Spike Jones, la musique des slapsticks muets des années 20, l’easy-listening sophistiqué d’Esquivel, ou dans le pire des cas, la musique folklorique d’Europe de l’est, tendance Kusturica (débraillée et à boire). Quelques efforts de productions nous rappellent cependant que nous sommes sur un label pointu à majorité électronique, et les jolis sons analogiques repassés dans la moulinette laptop de la post-production entretiennent la singularité du projet. Les pianos ne sont pas non plus sans évoquer Charlemagne Palestine ou d’autres compositeurs pianistiques contemporains.

Steve Reich ou Terry Riley côtoient ainsi bruits animaux, grésils métalliques et claviers speedés, entre capharnaüm et fête foraine. Le morceau éponyme, numéro 12, voit Jeremy Barnes chanter à la jolie manière d’un Robert Wyatt intoxiqué par les odeurs fermières ou l’alcool de pomme de terre, une subtile mélodie en escaliers mineurs. Un très joli disque, mariage inédit de simplicité bucolique et sophistication cultivée.