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4
sur 5

Une fois n’est pas coutume, on part dans le Grand Nord et on y trouve d’étonnants talents. Cependant cette fois-ci, ce n’est pas en Islande, pays de toutes les fantaisies sonores, qu’on dénichera l’étincelle de la grande classe qui embrase les glaces, mais en Finlande. Avec un groupe si méconnu -ou presque- que c’en est une honte : 22 Pistepirkko. Pourtant, ces Finlandais-là n’en sont pas à leur coup d’essai. Downhill city est même leur huitième album. Un temps, ils ont été distribués par Polygram, et ce n’était pas le fruit du hasard : chez 22 Pistepirkko, on sait ciseler une mélodie, et on sait aussi y mettre ce qu’il faut d’esprit décalé, un petit grain de folie, parfois assez tranquille d’ailleurs.

Pour le coup, Downhill city est un projet plutôt original, puisqu’il est en fait basé sur des compositions d’abord destinées à fournir une matière sonore au film du même nom, réalisé par Hannu Salonen. Le groupe a même largement participé à l’élaboration du script. Apparemment, le film serait centré sur Berlin. Et la musique proposée par 22 Pistepirkko tendrait à retranscrire son atmosphère, ou en tout cas les sensations qui se dégagent de la fréquentation des grandes villes. Mais le concept ne s’arrête pas là ! En fait, bon nombre des morceaux de ce disque sont en fait directement inspirés de morceaux déjà existants de 22 Pistepirkko, mais totalement réarrangés voire recréés. Ainsi, Let the Romeo weep de l’album Eleven est ici en flamenco mix, Where’s the home, Joey ? se réfère à Don’t go home, Joe (sur Bare bone nest) et ainsi de suite. C’était le souhait de Hannu Salonen, comme il est dit dans un texte explicatif sur l’album publié sur le site de Clearspot-EFA, que de placer son film sous l’influence directe de la musique de 22 Pistepirkko. Vu comme ça, ça a l’air d’une putain de prise de tête. Il n’en est rien.

Les ambiances distillées par ces Finlandais un brin loufdingues sont archi-classieuses et bien vues du début à la fin. Que ce soit le magnifique -quoique très court- thème d’ouverture, Fabian’s theme, l’ombrageux Downhill city et sa guitare menaçante en arrière-fond, l’endiablé Let the Romeo weep (flamenco mix) ou le techno-toy boum-boum Tokyo tiger (Aleksei Borisov remix), on se laisse constamment prendre. Les 22 Pistepirkko sont des rois du faux rythme, et leur pop élégante et barrée incite à la rêverie. L’écoute terminée, on a clairement envie, dans l’ordre, de se remettre le disque direct tant il s’insinue dans la tête avec une facilité déconcertante, puis d’aller voir le film, en se promettant de l’adorer même si ce devait être une merde infâme. Oui, c’est un peu bizarre, mais c’est comme ça. C’est l’effet 22 Pistepirkko.